Une histoire sociale de la vérité
Science et mondanité dans l'Angleterre du XVIIe siècle

Steven SHAPIN

Quelles sont les conditions nécessaires à l’existence d’un bien collectif comme le savoir ? Comment distinguer le vrai du faux ? Selon quels critères accorder sa confiance ? Dans Une histoire sociale de la vérité, Steven Shapin raconte comment la notion de « vérité scientifique » s’est constituée dans l’Angleterre du XVIIe siècle. Il recrée avec élégance l’univers des gentilshommes philosophes (Francis Bacon et Robert Boyle en tête) à une époque cruciale pour la science moderne. Il livre un tableau très vivant des relations entre culture mondaine et pratique scientifique. Les codes de conduite des gentilshommes d’alors prônant la confiance, la courtoisie, l’honneur et l’intégrité ont en effet fourni des solutions efficaces aux problèmes de crédibilité de la science, et garanti la fiabilité des connaissances sur le monde.
À partir de ce récit historique détaillé, Steven Shapin discute plus largement de l’établissement du savoir factuel en science, mais aussi dans la vie quotidienne. Sa peinture des moeurs des gentilshommes philosophes lui permet d’illustrer l’affirmation selon laquelle la confiance est impérative dans la constitution de tout savoir, qui reste avant tout une entreprise collective. Un ouvrage devenu l’une des références internationales incontournables de la sociologie des sciences et des sciences sociales dans leur ensemble.

Version papier : 28 €
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Détails techniques
Collection : SH / Laboratoire des sciences sociales
Parution : avril 2014
ISBN : 9782707173492
Nb de pages : 600
Dimensions : 155 * 240 mm

Steven SHAPIN

Steven Shapin, né en 1943, historien et sociologue des sciences américain, est professeur à Harvard. Ses recherches lui ont valu de nombreux prix. Il est notamment l'auteur (avec Simon Schaffer) de Leviathan et la pompe à air (La Découverte, 1993)

Extraits presse

La recherche scientifique est une activité éminemment sociale. Même dans la solitude de son laboratoire, le savant est obligé de s’appuyer sur les théories de ses prédécesseurs, qu’il suppose fiables. Sans cette confiance implicite, il faudrait sans cesse recommencer à zéro et la science ne progresserait pas. Mais sur quoi repose la confiance qu’un savant accorde à ses pairs ? C’est de cette question que part l’historien des sciences américain Steven Shapin. Pour expliquer l’émergence de la méthode expérimentale moderne au XVIIe siècle, il s’intéresse d’abord à ceux qui en étaient alors les principaux promoteurs : un petit groupe d’aristocrates réunis au sein de la toute jeune Royal Society britannique.

01/05/2014 - Books

 

L'ouvrage, difficile certes, est cependant d’une très grande richesse, que la synthèse tentée dans les lignes précédentes ne suffit pas à refléter pleinement. Le livre regorge de notes et de renvois à d’autres chercheurs ayant œuvré ou œuvrant dans le même domaine ou dans des domaines connexes. La toile ainsi tissée en acquiert une solidité peu commune. Grâce à une telle démarche, on assiste à une analyse détaillée de tous les concepts évoqués. À chaque début de chapitre, l’auteur annonce la teneur de celui-ci. Mais fallait-il tant de pages pour traverser cette épopée morale et sociale ? Il est des moments où le lecteur est tenté de répondre par la négative. Mais s’il tient bon, l’individu intéressé comprendra a posteriori que ces pages ont leur utilité pour la compréhension de la suite. Au total, nous dirions que Shapin dépeint un tableau de mœurs. Il le fait avec force détails, certes, mais aussi avec une grande finesse et sans jamais tomber dans la fioriture.

17/09/2014 - Jean Andris - Liens socio

 

Table des matières

Remerciements
Quelques remarques sur les genres, disciplines et conventions

Quel genre de livre ?
Remarques sur les sources et leur interprétation
Remarque sur la « croyance »
Remarque sur la datation
Résumé
1. La première civilité : confiance, vérité et ordre moral
Confiance et ordre de la société
La confiance et l’ordre de la connaissance
Une expérience sceptique
La confiance et l’ordre de la connaissance scientifique
La confiance et la question de l’ordre
Confiance, manières et ordinaire
La vérité et ses conséquences
La connaissance vraie et l’action libre
2. « Qu’est-ce donc qu’un gentilhomme ? » Intégrité et identité aristocratique dans l’Angleterre moderne
Les fondements de l’action libre du gentilhomme
Richesse, travail et volonté
Hériter la noblesse
Contester la noblesse
3. Une histoire sociale de la véridiction. Savoir, pratiques sociales et crédibilité du gentilhomme
Honneur, parole, vérité
Les fondements de la crédibilité
Le manque de crédibilité
Le gentilhomme indigne de confiance
La vérité relative
Le démenti
Conversation, courtoisie et contradiction
Science et conversation mondaine
4. Qui était Robert Boyle ?
Création et présentation d’une identité expérimentale
Une biographie collective
Les origines de l’honneur de Robert Boyle
Quel genre de gentilhomme ?
Chrétien et gentilhomme
Savant et gentilhomme
Textes, propriété, et présentation de soi en auteur
Un honneur utilisable
5. Un décorum épistémologique : la gestion pratique du témoignage factuel
« La boussole du monde »
Contrôler les mondes possibles
Le décorum épistémologique
Les maximes prudentielles du témoignage
Maximes et systèmes
Maximes et contre-maximes
Personnes crédibles et connaissances crédibles
6. Connaître les hommes et connaître les choses : une histoire morale de la crédibilité scientifique
Les récits de voyageurs
Venu du froid
Archimède et les icebergs
Récits de plongeurs
Courtoisie, mondanités et incertitude morale dans l’astronomie cométaire
La parole des maîtres : le témoignage de Robert Boyle
Enregistrements, identifications et réserves
7. Certitude et civilité : les mathématiques dans la conversation expérimentale de Boyle
Boyle mathématicien
Le plaidoyer en faveur des mathématiques
Boyle a-t-il découvert la « loi de Boyle » ?
Le statut de loi naturelle
Le mécanisme et les mathématiques
Les mathématiques et l’accès à la communauté expérimentale
Raison, réalité et précision expérimentale
La « voix de la conversation » dans la pratique de la précision
8. Les techniciens invisibles : maîtres, serviteurs et élaboration du savoir expérimental
L’identité des techniciens
Les femmes invisibles
Le fantôme et la machine
Le travail des techniciens : individualité, facultés intellectuelles et valeur
Se fier aux yeux des autres : le témoignage des techniciens
Bruits de fond : l’alibi du travail des techniciens
Les techniciens et l’économie morale du lieu de travail scientifique
Servitude et subsomption
Épilogue. Comment nous vivons
Bibliographie
Notes
Index des noms de personnes.

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