Le genre du capital
Comment la famille reproduit les inégalités

Céline BESSIÈRE, Sibylle GOLLAC

On sait que le capitalisme au XXIe siècle est synonyme d’inégalités grandissantes entre les classes sociales. Ce que l’on sait moins, c’est que l’inégalité de richesse entre les hommes et les femmes augmente aussi, malgré des droits formellement égaux et la croyance selon laquelle, en accédant au marché du travail, les femmes auraient gagné leur autonomie. Pour comprendre pourquoi, il faut regarder ce qui se passe dans les familles, qui accumulent et transmettent le capital économique afin de consolider leur position sociale d’une génération à la suivante. Conjointes et conjoints, frères et sœurs, pères et mères n’occupent pas les mêmes positions dans les stratégies familiales de reproduction, et n’en tirent pas les mêmes bénéfices. Fruit de vingt ans de recherches, ce livre montre que le capital a un genre.
Céline Bessière et Sibylle Gollac enquêtent sur les calculs, les partages et les conflits qui ont lieu au moment des séparations conjugales et des héritages, avec le concours des professions du droit. Des mères isolées du mouvement des Gilets jaunes au divorce de Jeff et MacKenzie Bezos, des transmissions de petites entreprises à l’héritage de Johnny Hallyday, les mécanismes de contrôle et de distribution du capital varient selon les classes sociales, mais aboutissent toujours à la dépossession des femmes. Ce livre analyse ainsi comment la société de classes se reproduit grâce à l’appropriation masculine du capital.

Version papier : 21 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : SH / L'envers des faits
Parution : février 2020
ISBN : 9782348044380
Nb de pages : 336
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782348058578
Format : EPUB

Céline BESSIÈRE

Céline BESSIÈRE
Céline Bessière est sociologue et professeure à l’université Paris-Dauphine.

Sibylle GOLLAC

Sibylle GOLLAC
Sibylle Gollac est sociologue et chercheuse au CNRS.

Extraits presse

Limpide et édifiant, [...] ce livre n’a pas besoin de lunettes de spécialiste pour être lu. Notamment parce qu’il est ourlé d’exemples concrets, tirés du travail empirique des chercheuses qui, d’un point de vue méthodologique, conjuguent ethnographie et approche statistique depuis pas loin de quinze ans. Parce qu’il parle, ce livre est même le meilleur cadeau à offrir à tout un chacun, qui serait convaincu par exemple d’être issu d’une famille a priori “éclairée” et “juste”, ou encore d’être/d’avoir été la moitié d’un couple “équitable” et peut-être “progressiste” - “moderne”, comme on dit. Car... peut-être pas (ou pas tant que ça), tous comptes faits.

07/02/2020 - Chloé Leprince - France Culture

 

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Table des matières

Introduction
Inégalités de richesse, classes sociales et genre
Travail des femmes, salaire des hommes
De l’inégalité des revenus à l’inégalité patrimoniale
Enquêter sur la production familiale des inégalités de richesse
Le genre du capital
1. La famille, une institution économique
L’héritier et la « femme de »
La famille libérée de l’héritage ?
Un héritage culturel plutôt qu’économique ?
Le retour des transmissions économiques familiales
Une production familiale des inégalités entre les classes sociales
Le ménage au sens des statistiques : un cache-sexe de l’inégalité patrimoniale
Le genre du capital dans les enquêtes statistiques : apports et limites
Les séparations conjugales, un moment révélateur de l’inégalité de genre
Pour une sociologie matérialiste de l’institution familiale
Donner à voir les arrangements économiques familiaux
2. Des stratégies familiales de reproduction défavorables aux femmes
Arrangements économiques et stratégies familiales de reproduction
Le « fils préféré » dans les familles d’indépendants
« Ça ressemble à la loi salique, c’est incroyable ! »
Les choses qu’il faut garder
Du patronyme au patrimoine
Du « fils préféré » à l’inégalité patrimoniale au sein du couple
Héritages et ascendant patrimonial dans le couple
Dans la famille et sur le marché du travail : une dynamique inégalitaire persistante
Les formes renouvelées de la domination masculine patrimoniale
Individualisation du patrimoine et horizon de la séparation
Le renoncement des veuves à la propriété
La veuve, les divorcées et le « relais du patriarche »
3. Selon que vous serez (un homme) puissant ou (une femme) misérable
Un accompagnement juridique segmenté et différencié
Des opportunités inégales de rencontrer un conseil
Des notaires au service de la propriété du jeune marié
Un PDG bien entouré
Des arrangements patrimoniaux à l’ombre du droit
De « bons clients » qui ressemblent à leur notaire
Des cabinets généralistes, un traitement différencié de la clientèle
En région parisienne : un marché segmenté
Des outils juridiques différenciés selon le capital économique et culturel
Les usages sociaux différenciés du droit international privé
4. Des comptabilités sexistes sous couvert d’un droit égalitaire
Un droit égalitaire : histoire d’une conquête récente
Des comptabilités inversées
Des évaluations et des inventaires à l’ombre du marché
Les biens structurants pour les uns, des compensations pour les autres
Quand une entreprise est au centre de la succession
Des notaires attachés au principe de l’égalité, mais...
Une vision masculine du « bon héritier »
La veuve ou l’envers du « bon héritier »
La comptabilité inversée des divorces
Le logement pour solde de tout compte
5. Une paix des familles à l’ombre du fisc et aux dépens des femmes
Un benjamin récalcitrant
La fiscalité des donations et successions
Des intérêts fiscaux divergents
Récolter et minimiser l’impôt : le paradoxe des notaires
Face au fisc, un principe de confidentialité à géométrie socialement variable
Contre le fisc, toutes et tous d’accord ?
Des réflexes d’optimisation fiscale au bénéfice de la richesse des hommes
Un impensé sexiste : la fiscalisation des pensions alimentaires
Des paradis fiscaux au travail au noir : la production de l’ignorance du fisc et des femmes
6. Une justice pour compenser les inégalités de richesse ?
Des compensations réservées aux couples mariés
Un dispositif de compensation affaibli et réservé aux riches
Au commencement était la richesse disponible de l’époux
Primat de la richesse de l’époux versus non-reconnaissance du travail de l’épouse
Le travail domestique : un travail gratuit pour convenance personnelle ?
« Il a beaucoup de sous, le monsieur. D’ailleurs, je pense que c’était ce qui l’intéressait, elle ! »
Des magistrates réticentes à la fixation d’une prestation compensatoire
Le champ de vision limité des juges sur les arrangements patrimoniaux
Attribution du domicile conjugal, tempo de la liquidation et rapports de pouvoir
Conserver le domicile conjugal : une partie d’échecs inégalitaire
7. Esclave entre tous est l’ex-femme du prolétaire
La pauvreté des familles monoparentales
La mendiante et le bon prince
Une pension alimentaire adaptée aux revenus du père
Des pères qui travaillent, des mères disponibles
Un barème qui ne tient pas compte des sacrifices des mères
Quand des pères ne paient pas leur pension alimentaire
Recouvrer les pensions alimentaires impayées : une nouvelle mission pour la CAF ?
Le contrôle du budget et de la sexualité des femmes
Conclusion
Du capital au XXIe siècle au genre du capital
Pour une sociologie féministe de la famille
Le genre pour revisiter les stratégies familiales de reproduction
Un droit formellement égalitaire qui légitime l’inégalité
Le genre au cœur de la société de classes contemporaine
Liste des matériaux
Sources statistiques
Matériaux ethnographiques
Remerciements
Notes

Droits étrangers

The Gender of Capital
The family: an inequality machine

This work approaches the institution of family from a materialistic point of view breaking with the dominant theory of a modern relationship-based family, free of financial stakes. It takes seriously the observation of economists, in the wake of Thomas Piketty, that there is a return to property inequality, based on the legacy of capitalism in the twenty-first century.
Why do women accumulate fewer assets than men? Why do marital separations impoverish women while they do not prevent men from becoming wealthy?
To answer these questions, one has to explore family wealth arrangements. This implies breaking with the common understanding of the family as an emotional haven of peace in a capitalist world inhabited by brutes. In reality, the family should be designed as a unit that produces, circulates, controls and evaluates assets. The sense of this economic institution is revealed, in particular, when there is a question of inheritance or marital separation.


Céline Bessière is a professor of sociology at the Université Paris-Dauphine.
Sibylle Gollac is a researcher at the CNRS.


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com

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