La sociologie comme philosophie politique - Philippe CHANIAL

La sociologie comme philosophie politique
et réciproquement

Philippe CHANIAL

Et si la sociologie, bien comprise, n’était rien d’autre qu’une philosophie morale et politique avec des allures de science ? Une telle proposition, qui constitue la trame de cet ouvrage, autorise des perplexités bien légitimes. La sociologie n’a-t-elle pas en effet gagné ses galons en rompant avec les spéculations abstraites des « philosophies sociales » ? Et, à l’inverse, la philosophie morale et politique n’a-t-elle pas pris sa revanche en s’émancipant de ces sciences sociales qui avaient exercé sur elle une telle emprise depuis les années 1950 ? Pour autant, n’avons-nous d’autre choix qu’entre une sociologie spécialisée et éclatée, vouée au culte du « terrain », et une philosophie morale et politique désincarnée, célébrant les vertus d’une conception purement formelle de la justice et de la démocratie ?
Depuis quelques années, les théories contemporaines de la reconnaissance, du care et du don, le renouveau de l’École de Francfort et la redécouverte du pragmatisme, en redonnant toute leur place aux sentiments sociaux et à la relation humaine, ont fortement contribué à redessiner les frontières et nous invitent aujourd’hui à une nouvelle alliance. Dans leur sillage, ce livre plaide pour un « enveloppement réciproque » (Merleau-Ponty) entre philosophie et sociologie, qui puisse redonner sa vitalité à l’ambition d’une science sociale générale, réconciliant respect des faits et souci des fins. Il vient rappeler que la sociologie « ne mériterait pas une heure de peine » (Durkheim) si elle ne renouait pas avec l’orientation normative de ses pères fondateurs et s’interdisait de contribuer au questionnement de la société sur elle-même.

Version papier : 24,40 €
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Détails techniques
Collection : SH / Bibliothèque du MAUSS
Parution : septembre 2011
ISBN : 9782707169495
Nb de pages : 300
Dimensions : 135 * 220 mm
Façonnage : Broché

Philippe CHANIAL

Philippe Chanial, secrétaire général de La Revue du MAUSS, est maître de conférences en sociologie à l’université Paris IX-Dauphine, où il codirige le CERSO (Centre d’études et de recherches en sociologie des organisations).

Extraits presse

Le Mouvement Anti-Utilitariste en Sciences Sociales (Mauss) occupe une place à part dans le paysage de la sociologie française. Réunis autour de la figure d’Alain Caillé et se réclamant de l’anthropologie de l’« homme total » de Marcel Mauss, ses acteurs approfondissent depuis bientôt 30 ans une réflexion sur les fondements de l’analyse sociologique à travers une remise en cause de la place que la logique de l’intérêt y occupe. Mais ce rejet de l’utilitarisme ne se limite pas à une exigence épistémologique purement relative à la progression du savoir sociologique puisqu’il est motivé par l’idée que les sciences sociales doivent occuper une place dans la sphère publique et incarner la réflexivité de la modernité. Par conséquent, les choix paradigmatiques sont cruciaux dans la mesure où ils orientent l’espace des possibles du politique. La guerre contre l’utilitarisme en sciences sociales est donc aussi une guerre contre l’économicisme ou le néolibéralisme en politique.

18/06/2012 - Jeremy Ward - Espaces temps.net

 

Table des matières

Sommaire
Introduction
I / La tradition sociologique, une philosophie moraleet politique qui aurait des allures de science ?
1. Le savant et le normatif. Les idées, les valeurs et les intérêts selon Max Weber

Philosophe ? Sociologue ? De la science sociale wébérienne
La neutralité axiologique est-elle axiologiquement neutre ?
Une anthropologie historique et normative des types d’humanité
Conclusion. De Marx à Weber, en passant par Mauss
2. De la reconnaissance en Amérique. Alexis de Tocqueville, anthropologue des sentiments démocratiques
Tout est perdu, même l’honneur ?
De la reconnaissance sympathique en Amérique
Le « goût dépravé de l’égalité » : de la sympathie à l’envie
Sauver l’honneur, dompter l’envie ?
Comment démocratiser l’honneur en démocratie ?
Conclusion
3. Les formes élémentaires de la vie morale selon Émile Durkheim
Homo duplex ou l’anthropologie normative de Durkheim
Le contrat fait-il société ?
De l’anti-utilitarisme durkheimien
Homo homini deus ou le mariage sacré de l’individu et de la société
Au-delà de l’équivalence : une théorie sympathique du contrat
Pour conclure
II / Morale et politique de la relation humaine. Du pragmatisme à la théorie critique
4. L’homme est-il un animal sympathique ? Nature humaine, ordre social et démocratie selon Charles H. Cooley

« Le soi et la société sont deux frères jumeaux »
Une conception plastique de la nature humaine
Primaire, vous avez dit primaire ?
Du primaire au « secondaire » : opinion publique et démocratie
Conclusion
5. Individualité et vie associée. L’éducation démocratique selon John Dewey
De Durkheim à Dewey ou les antinomies de l’éducation démocratique
Au-delà du dualisme individu-société : association, éducation et démocratie
Au-delà du dualisme intérêt-désintéressement : une morale sociale de l’individualité et de la sympathie
La démocratie comme processus éducatif
L’éducation comme espace démocratique et relation de don
Pour conclure. Foi dans l’expérience, foi dans la nature humaine
6. Intersubjectivité et démocratie. L’anthropologie de la communication de Jürgen Habermas
L’École de Francfort ou la démocratie impossible
Dialectique de la raison ou dialectique de la sphère publique ?
De l’intersubjectivité à la rationalité communicationnelle
Une raison plurielle
Socialité, rationalité et normativité
La démocratie menacée par le système
La démocratie sauvée par le droit
Conclusion
III / Théorie des sentiments moraux, le retour ? Pour un « Contr’Hobbes » sociologique
7. La reconnaissance fait-elle société ? De Paul Ricoeur à Talcott Parsons, en passant par Hobbes

La reconnaissance fait-elle société ?
Hobbes ou la théorie originaire de la méconnaissance originaire
Reconnaissance, force and fraud : l’utilitarisme pessimiste de Hobbes
Reconnaissance et harmonie naturelle des intérêts : l’utilitarisme optimiste de Locke
Le dilemme utilitariste
L’impasse normativiste
Conclusion
8. À qui se fier ? Confiance, intérêt et sympathie de David Gauthier à Marcel Mauss (en repassant par Hobbes)
De la République de Platon au Royaume de la raison utilitaire
Le pacte hobbesien, le Fou et le resquilleur
Est-il rationnel de jouer le jeu de la confiance ?
La ruse de la raison utilitaire ou comment l’intérêt se sublime en sympathie
Au-delà du paradigme du calcul : le don comme pari de confiance
9. La querelle du désintéressement. Double vérité du social et double vérité du don selon Pierre Bourdieu
Un « héritier » paradoxal
L’illusion constitutive du don
Une sociologie par le don à front renversé
Sauver l’alchimie de l’échange symbolique : oui, mais comment ?
10. Axel Honneth et au-delà. Pour un « Contr’Hobbes » sociologique
La constellation des sociologies de la relation interhumaine
Les deux sources philosophiques du Contr’Hobbes
Pour une voie du milieu : don, rivalité et sympathie
Conclusion
IV. La part du don ou la délicate essence du social
11. Retour à Mauss. Le don, ou « l’instant fugitif où la société prend »

La sociologie par le don, une sociologie impossible ?
Le don, un phénomène résolument total
12. Don, générosité et réciprocité selon Alvin Gouldner
La réciprocité ou l’empire du rien sans rien
Au-delà de la réciprocité : « Something for nothing »
Le paradoxe du don
13. Pour une anthropologie normative de la relation humaine
De la boussole du don aux régimes de la relation interhumaine
Les régimes de paix
Les régimes hobbesiens
Conclusion
Provenance des textes
Bibliographie

Droits étrangers

SOCIOLOGY AS MORAL PHILOSOPHY
and vice versa

Applied sociology seems ever more specialised and Moral and Political sociology, less and less anchored in reality. Have we no other alternative ? The theories of gratefulness, care and gift, and the revival of the Frankfurt school bring us other options...This book argues in favour of a « reciprocal overlapping » (Merleau-Ponty) between philosophy and sociology that can breathe new life into the idea of a universal social science combining respect for facts and concern for the ends.


Philippe Chanial is a senior lecturer in sociology at the university Paris-Dauphine, a researcher at the Institut de Recherche en Science Sociales (IRISSO-CNRS) and is on the editorial board of MAUSS. At the crossroads of philosophy and social sciences, he has published Justice, don et association (La Découverte, 2001) and La délicate essence du socialisme (Le Bord de l'Eau, 2009) and directed La société vue du don (La Découverte, 2008).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com

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