La manifestation de soi
Éléments d'une critique philosophique de l'utilitarisme

Jacques DEWITTE

Pourquoi les oiseaux chantent-ils, le paon se pavane-t-il ? Pourquoi le lion ou le tigre ont-ils une livrée aussi somptueuse ? Mais aussi : pourquoi édifie-t-on des monuments sur les places publiques de nos villes ? Pourquoi les hommes ressentaient-ils jadis le besoin de s'exhiber en uniformes rutilants sur les champs de bataille ? Pourquoi les objets d'usage courant ont-ils le plus souvent été ornementés ? Bref, pourquoi cet étalage de formes ? À ces questions, on répond le plus souvent par diverses explications utilitaires et fonctionnelles : la vie animale comme la vie humaine serait régie en dernière instance par l'exigence de la survie et de la conservation.
Or, un examen sans préjugés montre que le principe d'utilité n'a qu'une validité limitée. Pour des fins purement utilitaires, des moyens réduits auraient largement suffi. Il est donc nécessaire, par fidélité au réel, d'élaborer un horizon élargi où ces laissés-pour-compte éclatants puissent devenir intelligibles sans cesser d'être partiellement énigmatiques. En effet, n'y a-t-il pas, non seulement chez l'homme, mais dans la vie animale et végétale, une tendance à manifester ce que l'on est, à paraître au lieu de simplement être ? Comme si l'être simple se redoublait dans un paraître sans fonction immédiate. La réflexion menée dans cet ouvrage sur la merveille de l'apparaître n'est pas sans analogie profonde avec celle qui se rapporte au cycle du donner-recevoir-rendre. Car l'une comme l'autre montrent, en termes philosophiques, qu'il y a une contingence des formes sociales comme des formes naturelles, qui excède tout principe de nécessité et d'utilité. Même si on peut s'apercevoir ensuite qu'il existe quelque chose comme une utilité de l'inutile.

Version papier : 25,40 €
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Détails techniques
Collection : Textes à l'appui / Bibliothèque du M.A.U.S.S.
Parution : mai 2010
ISBN : 9782707164469
Nb de pages : 300
Dimensions : 135 * 220 mm
Façonnage : Broché

Jacques DEWITTE

Jacques Dewitte, né en 1946, philosophe d’inspiration phénoménologique, a publié, chez Michalon, Le Pouvoir de la langue et la liberté de l’esprit (2007) et L’Exception européenne (2008). Il a développé depuis une vingtaine d’année une réflexion sur la manifestation de soi - nourrie de sa lecture d’auteurs tels que Adolf Portmann, Hans Sedlmayr, Wladimir Weidlé, Johan Huizinga, Marcel Mauss, Henri Raynal et Maurice Merleau-Ponty - qui a paru principalement dans la Revue du MAUSS.

Table des matières

Introduction. « Et si… ? » , ou le redoublement originaire
Sous le signe de la gratitude
L’universalité en question
Le redoublement originaire de l’être et du paraître
Déclinaisons de la contingence
Une évidence non évidente
Pour un stoïcisme épistémologique
Dimension excédentaire et dimension transitive
Don et asymétrie
La relation d’enveloppement
Contre la déréalisation
Rite et suspension
L’alliage perdu
I / Voir, se montrer. La finalité en question
1. La donation première de l’apparence, ou l’autoprésentation du vivant selon Adolf Portman
n
Un « horizon élargi »
Le chant de la fauvette
La donation première
Imaginer une autre finalité
2. Le panache de Nelson, ou l’exposition de soi à la guerre
Un chemin de traverse
Un bouleversement technique
Les utilitaristes martiaux
Une mutation de sensibilité
La manifestation de soi
Les vertus militaires
Renversement ontologique et rupture anthropologique
Une persistance énigmatique
Exposition de soi et autoprésentation
La dimension sacrificielle et christique
3. Le sens ontologique de l’ornement
Épouser une forme (Weidlé, Kundera)
Référence et convenance (Gadamer)
Une dignité intrinsèque
La visée amoureuse
Apparition d’une dichotomie
L’ornement entre gratuité et nécessité
4. Pour qui sait voir, ou l’automanifestation de la ville
La ville comme oeuvre d’art
La silhouette de la ville
Un langage de formes
L’oeuvre d’art comme langage (Weidlé)
La question de la typologie (Norberg-Schulz)
L’autoprésentation (Portmann)
Le superflu
5. La vie est sans pourquoi, ou l’interrogation sur les finalités
Robert Spaemann et l’inversion de la téléologie
Hans Jonas et la signification ontologique du métabolisme
Thure von Uexküll ou l’enveloppement de la causalité par la finalité
Adolf Portmann et la question de la fin ultime du vivant
II / Jouer, donner. Critique du constructivisme
6. Ni hasard ni nécessité. La contingence des phénomènes sociaux selon Marcel Mauss
Préambule
La notion de « civilisation » - Corpus
A. Arbitraire
B. Choix
Une idée difficile - Positif et négatif, plein et vide - L’acte inaugural comme ouverture - In illo tempore, hic et nunc - Attachement
C. Modalité
Une direction erronée - Modalité et type - Modalité et corporéité - Nature et culture
Le regard anthropologique
7. L’élément ludique de la culture. À propos de Homo Ludens de Johan Huizinga
Une oeuvre de pensée
En quête de l’essence du jeu
Les explications fonctionnalistes - Une notion irréductible - L’antithèse du jeu et du sérieux - Jeu et circularité - L’enceinte du jeu - Un joueur sachant jouer - Jeu et symbolisme
Jeu et culture
La culture naît comme jeu - La culture est jouée - Qu’est-ce que la culture ? - Jeu animal et jeu humain - Un transcendantal
Homo Ludens dans son époque
Le jeu et la guerre - Guerre et paix
Quelle leçon ?
8. Le déni du déjà-là. Le constructivisme comme manifestation de l’esprit du temps
L’inspiration fondamentale
La construction comme ferveur
De la ferveur à l’arrogance
L’ivresse du dégrisement
Histoire et défatalisation
La relation intentionnelle
Ni solipsisme ni altérisme
Pour un « semi-réalisme »
Faire le premier pas
Une autre idée de la raison
9. Il ne fallait pas. Notes sur le don, la dette et la gratitude
10. Un beau risque à courir. Sur le premier et le second Lévinas

Un mouvement sans retour
Une audace juvénile
L’oeuvre et la patience
L’ingratitude de l’Autre
Retour de la synchronie
La pureté des intentions
Une conception plus modeste
Un bonheur immédiat
Revenir en deçà de la radicalisation
Épilogue. Éloge du roi Salomon
Un voeu en rêve
Salomon et Arendt
Le jugement de Salomon
L’utilité de l’inutile
Salomon et Whitehead
Bonne fortune
La reine de Saba
On ne prête qu’aux riches
Fin de règne
Une sagesse non ascétique
Sources
Bibliographie générale

Droits étrangers

THE MANIFESTATION OF SELF


Why does the peacock strut ? Why do we erect monuments on our town squares ? Why are everyday objects more often than not also ornamental ? This reflection holds a deep analogy with the cycle of giving-receiving-giving back. Both expound in philosophical terms that there exists a contingency of social and natural forms which exceeds all principals of necessity and utility. Even if the concept of useful uselessness may be considered.


Jacques Dewitte, a philosopher of the phenomenology school, has published at Michalon, Le Pouvoir de la langue et la liberté de l'esprit (2007) and L'exception européenne (2008). He has been pursuing for the past twenty years a reflection on such issues - enriched by his study of authors such as Portmann, Sedlmayr, Huizinga, Mauss, Raynal and Merleau-Ponty - His essays have been mostly published in La Revue du MAUSS.


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com

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