La formation de la pratique scientifique - Christian LICOPPE

La formation de la pratique scientifique
Le discours de l'expérience en France et en Angleterre (1630-1820)

Christian LICOPPE

Il est banal de dire que la science contemporaine s'appuie sur la théorie et l'expérience. Mais si les philosophes et les historiens des sciences se sont intéressés à la charge de vérité des théories scientifiques et aux conditions de leur élaboration, ils ont quelque peu délaissé la question de l'expérience et de la manière dont celle-ci peut faire preuve. C'est cette question que cherche à élucider cet ouvrage sous un angle historique : l'auteur y interroge un corpus fort large et peu usité de récits d'expérience depuis le XVIIe siècle, qui voient de mettre en place la mathématisation de la physique et se répandre la représentation de la science moderne fondée sur les deux piliers jumeaux de la théorie et de l'expérience. Cet ouvrage montre comment apparaissent alors les formes de preuves expérimentales forts diverses, qui se succèdent et s'enchevêtrent selon un motif historique complexe. Celles-ci, fondées sur la curiosité, l'utilité ou l'exactitude des faits proposés, renvoient aussi bien à des conceptions intellectuelles qu'à des pratiques matérielles, voire à des techniques littéraires, selon les groupes sociaux qu'il s'agit de convaincre. La comparaison entre France et l'Angleterre, les deux pays qui se dotent les premiers d'institutions scientifiques permanentes, permet d'éclairer les trames qui gouvernent l'élaboration de cette tapisserie expérimentale aux motifs contrastés. En dégageant ainsi des « régimes de preuve » progressivement stratifiés dans la pratique scientifique, cet ouvrage offre une grille originale permettant de réinterroger nos représentations contemporaines de la science. Enfin, en rapprochant fermement l'histoire des sciences des champs plus traditionnellement parcourus par les historiens en général, il ouvre des perspectives fécondes et d'actualité.

Version papier : 45 €
Version numérique : 15,99 €
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Détails techniques
ISBN : 9782707125309
Nb de pages : 480
Dimensions : 155 * 240 mm
ISBN numérique : 9782707171771
Format : EPUB

Christian LICOPPE

Christian Licoppe est professeur de Sociologie des Technologies d'Information et de communication à l'ENST, Paris.

Extraits presse

" Au carrefour de l'histoire des sciences et de l'histoire culturelle, voici une étude fine, en longue durée, consacrée aux comptes rendus d'expérience.(...). En analysant les mémoires de l'Académie de Paris de deux siècles et en les comparant avec ceux de la Royal Society of London, Licoppe montre comment on passe du récit d'expérience de structure ternaire - (...) - au discours théorique. Ce par une sorte de contrat circonstanciel entre auteur et lecteur. D'abord convoqué comme témoin virtuel, juge de la validité de l'expérience, le lecteur doit ensuite pouvoir être en mesure de refaire l'expérience.(...). Une lecture stimulante pour épistémologues, scientifiques et historiens qui devraient enfin trouver là matière à penser ensemble. "

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Table des matières

Introduction - 1. La genèse d'une pratique expérimentale coopérative en France au milieu du XVII e siècle : de la construction d'une forme-de-vie expéimentale vue à travers la mise en scène de la preuve empirique dans les correspondances et les traités savants - Rhétoriques de l' experientia et l' experimentum dans les ouvrages de Pascal et Mersenne - Du statut et du sens de l' experimentum vers 1630 : la controverse entre Rey et Mersenne - De l'émergence d'une communauté expérimentale reconnaissant pleinement la valeur de preuve de l' experimentum - Du public auquel Pascal destine ses traités imprimés - De la place occupée par les stratégies persuasives propres aux expérimentateurs dans les conférences - Le recours aux gentilshommes et à l'ethos aristocratique dans la construction de la certitude expérimentale - Conclusions - 2. La stabilisation d'une nouvelle forme narrative dans le récit d'expérience (1660-1690) : savants et patriciens, expérience et témoignage, ou de la preuve expérimentale comme une transaction entre savoir philosophique et pouvoir aristocratique - La diffusion de la rhétorique de l'épreuve (\" je fis et je vis \") dans les traités expérimentaux publiés durant le deuxième tiers du XVIIe siècle - La forme narrative autoritaire de l'épreuve dans les comptes rendus académiques : l'éviction du sujet au profit du collectif dans la rhétorique de l'épreuve - De l'impuissance de l'institution académique à empêcher les controverses et à circonscrire la construction du fait empirique - La pratique expérimentale sous le regard du Roi : de l'échec d'une transaction entre savoir et pouvoir absolutiste - Du succès des géomètres et des astronomes à présenter leurs mesures comme utiles au pouvoir royal et glorificatrices de celui-ci : un exemple de transaction réussie entre savants et monarque absolu - Observations et expériences : itinéraires - La comète de 1664 : les astronomes parisiens et le monarque absolu - De la manière dont la représentations du pouvoir royal conditionne la crédibilité des mesures effectuées en son nom - Conclusions : l'économie de troc de la preuve expérimentale à la fin du XVIIe siècle, crédibilité de la philosophie naturelle contre légitimité aristocratique - 3. Du singulier au régulier ou de la curiosité à l'utilité : une nouvelle articulation de la preuve empirique chez les physiciens français au début du XVIIIe siècle - Le mémoire savant entre auteurs et lecteurs : nouveaux usages du texte au début du XVIIIe siècle - L'évolution des structures formelles du récit expérimental au début du XVIIIe siècle : de la prédominance du récit d'épreuve sans témoin explicitement identifié (je fis...et tel effet se produisit) - Chronique de la controverse sur la lumière du baromètre ou des difficultés de la réplication au début du XVIIIe siècle - La controverse du phosphore barométrique et le problème de la localisation du fait d'expérience sur son site de production - Baromètres, thermomètres, thermomètres et mesures (1700-1730) : comment la décontextualisation des mesures devient concevable et plausible - La redéfinition du phénomène autour de l'exigence de réplicabilité et ses conséquences : l'exemple de Dufay et des phosphores - Délocalisation et discipline, ou l'économie morale et politique de l'utilité chez les académiciens français - La preuve \" utilitaire \" comme mise en place d'une dialectique de la reproductibilité des phénomènes et de leur usage - L'univers de l'utilité chez Réaumur et les académiciens français : l'État absolutiste, les savants et les entrepreneurs - Conclusions - 4. L'élaboration et la diffusion d'une nouvelle technologie littéraire pour le compte rendu d'expérience : le cas des physiciens anglais (1700-1730) - La place de l'expérience dans l'Opticks de Newton (1672-1706) - Les objectifs assignés à la philosophie naturelle : la spécificité newtonienne - Un dispositif persuasif fondé sur la réplication des expériences, le maniement des instruments et la discipline de l'expérimentateur - Le maintien de la rhétorique expérimentale classique à la Royal Society dans les années de la présidence newtonienne : Samuel Wall et Francis Hauksbee (1700-1715) - Desaguliers et la promotion de l'idiome instrumental - Stephen gray et la reformulation de l'expérience de laboratoire dans le nouveau langage expérimental - Stephen Hales et la décontextualisation des épreuves empiriques : de la physico-théologie à la mise en scène de la réplication et la diffusion des pratiques instrumentales - Conclusion - 5. L'efficacité persuasive du spectacle expérimental remise en question : la controverse entre l'abbé Nollet, Benjamin Franklin et ses disciplines français à propos de l'interprétation des phénomènes électriques - L'abbé Nollet ou la physique expérimentale curieuse et spectaculaire à l'épreuve de l'utilité - Spectacle et curiosité dans la pratique expérimentale de l'Abbé Nollet - De la stabilité des épreuves à l'explication des phénomènes : un remodelage autoritaire de la preuve curieuse - Le langage expérimental de Benjamin Franklin - Exhorter à la réplication et construire une théorie autonome des phénomènes électriques - Sectarisme et utilitarisme de la doctrine frankliniste - Sectarisme et utilitarisme de la doctrine frankliniste- L'abbé Nollet dépeint l'impact potentiel des idées de franklin sur Benjamin franklin désenchantant le spectacle expérimental, ou de la manière dont l'électricité - Le système frankliniste confronté à l'hégémonie de la preuve spectaculaire - De la prééminence du témoignage comme outil de construction des faits à l'Académie royale des Sciences, au milieu du XVIIIe siècle : un épisode de la controverse entre Nollet et Le Roy - Conclusions - 6. Dure comme du bois : la preuve utilitaire et la question de la résistance des solides au Siècles des lumières - De la preuve expérimentale dans le cadre mécanique : les études sur la force du bois en France entre 1860 et 1730 - L'abbé Edme Mariotte et la résistance des solides - Bernard Forest de Belidor et la résistance du bois - De l'émergence de la preuve utilitaire dans le premier tiers du XVIIIe siècle : un second regard - Marotte et ses contemporains, ou du rôle très discret de la revendication utilitaire - Parent et Belidor ou la mise en place d'un espace de vraisemblance pour la preuve utilitaire - Les travaux sur la force du bois de Duhamel de Monceau et Buffon : deux versions de la rhétorique utilitaire - L'organisation de la preuve dans les études sur le bois de Duhamel de Monceau - L'organisation de la preuve dans les études sur le bois de Buffon - Critique sociale et compromis : l'opposition entre réforme éclairée et coutume dans la rhétorique utilitaire au milieu du XVIIIe siècle - Conclusion : de l'effacement de la stratégie rhétorique consistant à fonder la vérité du fait empirique nouveau dans la mémoire savant à partir de la représentation des modalités de son utilisation dans le corps social - 7. De l'exactitude : l'émergence de la physique expérimentale à la fin du XVIII e siècle - Remodelages du récit expérimental et des structures narratives de la preuve dans les mémoires de la physique (1770-1790) - Le récit de la détermination des propriétés de torsion des fils métalliques par Charles-Augustin Coulomb (1784) - Une lecture de l'organisation narrative de la preuve chez Coulomb et ses contemporains - Une rupture consciente et délibérée avec les procédures antérieures d'administration de la preuve - Une preuve dans laquelle n'interviennent plus ni témoins, ni les curieux, ni les amateurs - ... Ni les ingénieurs, ni les artistes, ni les négociants - Du rôle, des usages et des représentations de l'appareil de mesure dans l'économie de l'exactitude - La boussole de Coulomb, le thermomètre de Lavoisier et le dernierdes Cassini : l'appropriation et la transformation d'une pratique expérimentale par les instruments exacts et employés à ce titre - De la place de l'appareil de mesure dans la représentation des expériences exactes : fondements narratifs de l'autorité déléguée aux instruments - Du monde au \" laboratoire \" et de retour, ou comment écrire l'histoire et la géographie du froid de 1776 au moyen de thermomètres \" exacts \" - L'empire de la mesure - Maîtres du faire et gardiens de la loi : des formes de construction de l'autorité dans l'économie de l'exactitude, à travers une analyse comparative des cas anglais et français - L'attente de la loi et le Credo déterministe dans la preuve exacte chez les physiciens français : du physicien comme maître du discours - De l'importance de la réplication dans la construction de la vérité en régime d'exactitude : une lecture très contrastée de l'Angleterre et de la France - Du problème des rapports entre science exacte et société à la fin du XVIIIe siècle : une analyse comparative - Du cas anglais - Du cas français - Conclusions - 8. Épilogue - Bibliographie - Table des matières.

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