La fabrique du droit
Une ethnographie du Conseil d'État

Bruno LATOUR

Le recours aux liens juridiques prend dans nos sociétés une importance grandissante. Il existe pourtant peu d’études empiriques sur la fabrique quotidienne du droit. Alors que la très grande technicité de la matière juridique réserve le droit aux juristes de profession, la sociologie l’explique trop rapidement par les rapports de forces qu’il ne ferait que dissimuler. La méthode ethnographique se trouve donc particulièrement bien ajustée à l’analyse du droit.
C’est toute l’originalité de cette étude du Conseil d’État que propose Bruno Latour. Il porte une grande attention aux actes d’écriture, à la fabrication et à la manipulation des dossiers, aux interactions entre les membres, aux particularités du corps des conseillers d’État, et surtout à la diversité des ressorts qui permettent de bien juger. Par une grande qualité de style, l’auteur sait rendre compte de la technicité des jugements et renouer les nombreux liens entre le droit et cette société qui le nourrit et à laquelle il sert, en même temps, de garant.
Après l’étude des laboratoires scientifiques, du discours religieux, de la parole politique, Bruno Latour continue, avec le droit, son programme d’anthropologie systématique des formes contemporaines de véridiction.

Version papier : 12,90 €
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Détails techniques
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°191
Parution : novembre 2004
ISBN : 9782707144720
Nb de pages : 320
Dimensions : 125 * 190 mm
Façonnage : Broché

Bruno LATOUR

Bruno LATOUR

Bruno Latour, philosophe et sociologue des sciences, est professeur à Sciences-Po Paris. Il a écrit de nombreux ouvrages et articles sur l’anthropologie du monde moderne. Son dernier livre, publié à La Découverte, Enquête sur les modes d'existence (2012) permet de situer l'analyse de la parole religieuse parmi les autres modes.

Extraits presse

Bruno Latour, avec cet ouvrage, relance une sociologie du droit opérationnelle, curieuse et pleine de ressources. Ce livre est d'ores et déjà une référence.

01/04/2002 - Renaud Dorandeu - Revue française d'administration publique

 

Comment, bien à l'abri des regards derrière les murs du Palais Royal, le Conseil d'État produit-il du drot ? Selon quelle légitimité, les conseillers d'État parviennent-ils à prendre une décision juste, àbien juger ? Répondre à ces questions, en moins de 300 pages, sans jamais lasser ni perdre le lecteur profane en droit administratif, voici la gageure que se propose de relever Bruno Latour, spécialiste de l'anthropologie du monde moderne. Contre toute attente, il y parvient parfaitement, restant, de la première à la 299ème page, aussi passionnant que le droit administratif peut paraître austère au premier abord. Se situant constamment au croisement de l'histoire, du droit, naturellement de l'ethnologie, voire même parfois de la science, Bruno Latour réussit à donner vie à son récit et nous fait "entrer" au coeur de l'activité des conseillers d'Etat, auprès desquels il a vécu deux fois six mois [...]. La clé de cette réussite réside très probablement dans le ton général de l'ouvrage - quelle idée ingénieuse, par exemple, que de présenter les délibérations sous forme de dialogues, ce qu'elles sont d'ailleurs réellement, sortant ainsi la décision juridique du carcan théorique dans lequel la jurisprudence a trop souvent tendance à l'enfermer - qui toujours didactique, ne sombre jamais ni dans la technicité excessive, ni dans la condescendance vis-à-vis du lecteur.

01/10/2002 - Nicolas Ballot - Profession politique

 

On n’attendait guère le sociologue Bruno Latour, professeur à l’École des Mines, à Harvard et à la London School of Economics sur le terrain du Conseil d’État. À l’origine de l’enquête, la volonté de saisir la spécificité de La fabrique du droit qui l’a amené à assister, en deux périodes de six mois à la fin des années 1990, aux travaux du Conseil. Pour la première fois sont ainsi restitués les échanges de conseillers pourtant attachés au sacro-saint secret des délibérations.

13/10/2002 - Nicolas Weill - Le Monde

 

Comme les meilleurs ethnologues, Bruno Latour sait restituer le vivant, la couleur, la chair du milieu étudié ("son exotisme"). Son étude très fouillée, sur un domaine particulièrement austère, capte ainsi le lecteur pour le conduire beaucoup plus loin qu'il ne pensait aller. C'est le talent des faux candides (on n'ose écrire "leur malice").

01/01/2003 - Service public

 

Plaisir de la découverte et de la nouveauté, de la fraîcheur et de la vivacité du regard porté, si nous osons la comparaison flatteuse pour le droit administratif, sur "cette ancienne maîtresse".

01/01/2003 - J.-M. Lhuillier - Revue de droit sanitaire et social

 

Si les ouvrages de pure célébration dédiées à la gloire du Conseil d'État sont légion et les introductions au droit administratif, comme le note l'auteur (p.15), en nombre significatif, les regards extérieurs sur l'institution relevant des sciences sociales sont très rares. L'ouvrage de Bruno Latour ne relève, cependant, nullement du dénigrement, ni même de l'irrévérence. Bruno Latour s'est voulu respectueux de son terrain d'investigation. Spécialiste de l'anthropologie et des sciences physiques, il a tenté de saisir l'objectivité spécifique du droit comparé aux sciences et le " passage du droit " [...]. L'exploration de Bruno Latour se révèle passionnante.

01/02/2003 - Joseph Krulick - Esprit

 

L'austérité apparente du titre de cet ouvrage ne doit surtout pas décourager le lecteur auquel est donné l'occasion de séjourner au cœur d'une institution qui, longtemps protégée des regards extérieurs, s'est depuis quelques années ouverte aux chercheurs et, en particulier, à Bruno Latour. [...] Livre passionnant, au style enlevé.

01/04/2003 - Françoise Dreyfus - Revue philosophique

 

Le droit est en principe transcendant mais n'est en fait que le fruit d'interactions de simples humains, fonde une contradiction qui est le fil conducteur du livre.

01/05/2003 - Gérald Gaillard - Sciences humaines

 

Il souffle dans ce livre un air frais [...]. L'auteur a su, a partir d'un objet aussi singulier et atypique, construire une philosophie du droit très consistante et très instructive.

01/03/2004 - Pierre-Yves Quiviger - Commentaire

 

Table des matières

Avertissement : comment maintenir le secret de l'État - 1. Sous l'ombre de Bonaparte - Deux emblèmes assez malencontreusement choisis - Une modeste histoire de pigeons - Un décret controversé - « Un arrêt du Tribunal des conflits suscite une vive controverse » - La loi est flexible, mais c'est la loi - Quel étrange atelier d'écriture - En montant l'escalier d'honneur - 2. Savoir faire mûrir un dossier - Les tribulations d'une cote - Un fragile pont de textes - L'effeuillage d'un dossier - 3. Un corps dans un palais - « Rendez-vous salle des casiers » - Un corps doucement agité - Un métier d'import-export - 4. Le passage du droit - Un brutal mouvement de terrain - Dans le raisonnement juridique, tout compte - « On touche au cœur de l'État » - « Profitez de cette occasion pour ébranler la jurisprudence ! » - De minimis et maximis curat praetor - 5. Objet des sciences, objectivité du droit - Portrait du Conseil d'État en laboratoire - Comment produire du détachement - Le rapporteur - Le réviseur - Le commissaire du gouvernement - La formation de jugement - Références et enchaînements - Une même matrice commune : l'exégèse - Deux formes distinctes de transmission - Res judicata pro veritate habetur - 6. Parler du droit ? - Les dangers de l'exotisme - Une curieuse forme d'autonomie - Cornu bos capitur, voce ligatur homo - Bibliographie - Index raisonné.

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