Démocratie précaire
Chroniques de la déraison d'État

Éric FASSIN

La France est une démocratie. Or la politique menée à l’égard des « autres », immigrés ou Roms, mais aussi musulmans, s’autorise de l’identité nationale. Donc, des fichiers aux tests ADN, en passant par la chasse aux « mariages blancs », cette politique serait forcément démocratique. Tel est le syllogisme à la Ionesco dont l’absurdité permet à notre société de s’accommoder, tant bien que mal, d’une démocratie de plus en plus précaire.
D’où le nouveau « syndrome de Vichy » : c’est au nom de la démocratie qu’on interdit à ceux qui critiquent les dérives d’évoquer ces « années sombres »… Pourtant, ce passé hante aussi nos gouvernants ; mais c’est pour proclamer qu’on ne peut le comparer avec notre présent : ce n’est quand même pas le nazisme ; nous sommes donc bien en démocratie !
En mettant sans cesse en avant le « problème de l'immigration » ou la « question musulmane », une partie de la classe politique s'acharne à nourrir cette logique folle. Il faut raison garder, nous dit-on, mais la déraison d’État étourdit la raison démocratique. Et si l’aveuglement d’aujourd’hui nous menait demain à l’abîme ?
Dans ce livre introduit par un long essai rétrospectif en forme d’autopsie du régime, Éric Fassin a rassemblé des chroniques parues de 2006 à 2012. Pour ne pas s’enfermer dans les actualités, temporalité que partagent médias et politiques, il convient de penser l’actualité, soit un présent que traverse et travaille l’histoire.

Version papier : 21 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : Cahiers libres
Parution : mars 2012
ISBN : 9782707171368
Nb de pages : 312
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782707173614
Format : EPUB

Éric FASSIN

Éric FASSIN

Éric Fassin, sociologue et américaniste, professeur agrégé à l’École normale supérieure et IRIS, est notamment l’auteur de L’Inversion de la question homosexuelle (Amsterdam, 2005) et de Discriminations : pratiques, savoirs, politiques, co-dir., (La Halde/La Documentation française, 2008).

Extraits presse

Martelée par Nicolas Sarkosy, la thèse selon laquelle il y aurait en France « un problème de l’immigration » a fini par s’inscrire dans les esprits. La France, nous dit-on , ferait face à un afflux massif d’étrangers venant nourrir la xénophobie des couches populaires. Celles-ci s’y montreraient d’autant plus sujettes qu’elles souffrent par ailleurs de la mondialisation. Dès lors, le devoir du gouvernement serait de combattre ce racisme latent … en renvoyant chez eux le maximum de sans papiers. L’ennui est qu’aucun des présupposés de ce discours n’est vrai, comme le montrent trois essais publiés conjointement aux éditions de la Découverte ; on y trouve d’utiles rappels : 1) Les étrangers représentent 8,4% de la population en France , contre 13,7 % aux Etats-Unis, 12,5% en Allemagne , 10,9 % au Royaume Uni ; 2) L’immigration clandestine y est évaluée entre 0,3% et 0,6% contre une moyenne de 0,6% à 1,3% pour l’Union Européenne ; 3) Tous les économistes s’accordent sur le fait que l’immigration est au mieux rentable pour son pays d’accueil, au pire, neutre ; 4) Dans les enquêtes sur les préoccupations des français, l’immigration apparait tout au bas du classement, derrière l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé.. Bref, loin que les français soient devenus racistes, le phénomène marquant du quinquennat est l’apparition d’une xénophobie d’en haut » ; à cet égard, il faut lire dans Sans papiers et préfets, parmi tous les propos tenus par les hauts fonctionnaires chargés de mettre en œuvre cette politique d’Etat, celui du Préfet Gérard Moisselin : « pour ce qui concerne les sans papiers, j’applique les directives du gouvernement ; si je le faisais avec humanité, cela voudrait dire que je ne les applique pas »

03/05/2012 - Eric Aeschimann - Le Nouvel Observateur

 

Vidéos


mercredi 16 Janvier 2013, au Lieu-dit, Paris



 

Table des matières

A / Autopsie d’un régime
Le choix de Vichy
Un temps troublé
Le temps et l’autre
Passé, futur et présentisme
Des actualités à l’actualité
Raison et déraison
La politique incarnée
Le corps de la nation
Le théâtre des émotions
De l’amour de soi à l’amour de la nation
Déraison et folie
Pathologie individuelle, pathologie sociale
Le spectre de Vichy
C’est pas Auschwitz !
Aveuglement et lucidité
B / Chroniques de la « démocratie irréprochable » 2006-2011
I / Prélude
[1] Candide ou la meilleure des démocraties
1. Le cœur et la raison d’État
[2] Nicolas Sarkozy, ou l’art de la confusion
[3] Guy Môquet et le théâtre politique des émotions
[4] Nicolas Sarkozy contre l’explication sociologique
[5] Exception d’État
[6] Quand on aime, on ne compte pas
2. Ficher
[7] Le fichier Éloi
[8] Les enfants d’Éloi
[9] Edvige, un fichier politique dans « la patrie des droits de l’homme »
[10] Le fichier Brice
3. Identité nationale
[11] Le nouveau syndrome de Vichy
[12] L’Europe des identités nationales
[13] Le mur de l’identité nationale
[14] L’identité nationale, c’est trop
4. L’inconscient et la conscience
[15] Dérapages et glissements de terrain
[16] La conscience du préfet et l’inconscient du ministre
[17] La conscience d’un préfet consciencieux
5. Le corps politique
[18] Ce corps-là
[19] Identité nationale : la débandade
[20]La Mauvaise Vie ou les infortunes du désir colonial
6. Démocratie sexuelle
[21] Les femmes au service de l’identité nationale
[22] Ayaan Hirsi Ali, « Voltaire des temps modernes » ?
[23] Homophobie d’État et identité nationale
7. Mariage : la préférence nationale
[24] Un chauvinisme matrimonial
[25]« Mariages mixtes » : la politique des chiffres
[26] Mariages gris et matins bruns
[27] La couleur vive des mariages gris
8. La famille au cas par cas
[28]« Leurs » familles et les « nôtres »
[29] L’ADN national
[30] Droit au bonheur : « Les amoureux au ban public »
[31] Mohamed et Fatma : immigration subie et mères suspectes
[32] L’amour fou
9. Diversité et minorités
[33] Le loup de la xénophobie et l’agneau de la diversité
[34] Minorités symboliques : Rama Yade, de Dakar à Aubervilliers
[35] Minorités jetables
[36] La diversité, c’est nous !
[37] Des fatmas pour taper sur des fatmas
10. De l’intégration à l’assimilation
[38] Nicolas Sarkozy en marche vers le monoculturalisme
[39] Le droit de la nationalité est un puits sans fond
[40] La rhétorique de l’intégration contre l’immigration légale
[41] Intégrer les immigrés qui ont vocation à partir
11. Roms
[42] Les Roms sont-ils des citoyens européens « propres » et « honnêtes » ?
[43] Roms : la forteresse lézardée
[44] Pourquoi les Roms ?
12. Islam
[45] Nouvelle lettre persane
[46]« Burqa » : une histoire belge
[47] Laïcité négative : une islamophobie sans voile
[48] Islam : le poumon, vous dis-je !
13. Droite et extrême droite
[49] Pourquoi Marine Le Pen défend les femmes, les gays, les juifs…
[54]« Voyou » ou « facho », faut-il choisir ?
[51] Nicolas Sarkozy et le couteau de Lichtenberg
[52] Faut-il interdire les partis xénophobes et racistes ?
14. Les médias, entre populisme et opinion publique
[53] Besson et les élites tordues
[54] Aveuglement médiatique
[55] Un sondage plébiscité
15. Quel problème ?
[56] La préférence pour la dictature
[57] Où est le problème ?
[58] Le prix de l’injustice
[59] La démocratie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas
16. Renverser le problème
[60] Un ministère sans fin
[61] Reprendre la main
[62] Le seuil d’intolérance
[63] Penser l’échec de la xénophobie politique
[64] Droit de vote des étrangers : pour une gauche décomplexée
C / Épilogue : Ironie
[65] Le parti d’en rire
[66] M. Sarkozy, nous ne vous voyons pas assez
[67] Le mur de la liberté.

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