Délit de jeunesse
La justice face aux quartiers

Isabelle COUTANT

Pourquoi les délits d’une partie de la jeunesse populaire, auparavant relativement tolérés, sont-ils désormais jugés insupportables ? Ces jeunes « difficiles » sont-ils des « sauvageons » perdus pour la société, comme se plaisent à le répéter certains responsables politiques ? Le travail socio-éducatif serait-il devenu inefficace, ne laissant d’autre alternative que la répression policière ? À partir d’une enquête menée sur des dispositifs judiciaires en région parisienne, Isabelle Coutant confronte la parole de victimes d’« incivilités » — habitants des grands ensembles, enseignants, éducateurs et policiers — à celles de mineurs délinquants et de leurs parents. En consacrant une place importante aux entretiens et aux récits d’observations, notamment en maison de justice, l’ouvrage montre que la délinquance juvénile contemporaine est le fait d’une autonomisation de la « culture de rue » vis-à-vis de la culture ouvrière. Cette évolution résulte pour partie de la précarisation des classes populaires et de la ségrégation urbaine. La « rue » offre alors une reconnaissance sociale à ceux qui ne l’obtiennent ni à l’école ni au travail, ni même au sein de leur famille. À travers le portrait d’anciens délinquants qu’elle a parfois suivis sur plusieurs années et l’analyse minutieuse du travail réalisé par les magistrats et les éducateurs rencontrés, l’auteur met en évidence les conditions d’efficacité des interventions judiciaires et socio-éducatives. Et elle reprend enfin une question centrale pour les républicains du XIXe siècle, soucieux d’enraciner les valeurs de la République : celle de l’« éducation morale ». Comment intervenir sur la vision du monde des enfants et des adolescents ? Comment faire en sorte que leurs valeurs soient rendues compatibles avec celles de la société dominante ?

Version papier : 25,40 €
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Détails techniques
Collection : Textes à l'appui / Enquêtes de terrain
Parution : janvier 2005
ISBN : 9782707143716
Nb de pages : 324
Dimensions : 135 * 220 mm
Façonnage : Broché

Isabelle COUTANT

Isabelle COUTANT

Isabelle Coutant, CNRS, est chargée de recherches à l'IRIS. Elle est l’auteur de Politiques du squat (La Dispute, 2000).

Extraits presse

« Pour écrire ce volumineux ouvrage, Isabelle Coutant a mené une vaste enquête de terrain en banlieue parisienne, recueillant de nombreux témoignages de jeunes, de leurs parents, d'enseignants, de policiers et d'éducateurs. [...] Elle met en lumière les multiples petits facteurs qui incitent certains jeunes à trouver leur place parmi les adultes et à croire en l'avenir. Car certains s'en sortent. C'est ce qu'Isabelle Coutant démontre dans cet ouvrage passionant. »
ASH MAGAZINE

« Derrière l'analyse, c'est une défense de ces interventions socioéducatives, aux effets parfois indécelables et pourtant réels, que développe Isabelle Coutant. Le tout dans "dans un contexte politique où le travail éducatif est désavoué, considéré comme inutile". »
SCIENCES HUMAINES

« Isabelle Coutant a fait non seulement oeuvre de science en apportant une contribution importante à ce que pourrait être une théorie de la conversion des habitus, mais elle met aussi à disposition des guides pour l'action [...] »
DROIT ET SOCIÉTÉ

« Issu d'une thèse de sociologie, cet ouvrage échappe au ton convenu qu'adopte parfois cet exercice académique et réussi à passionner d'un bout à l'autre. Le secret de sa réussite tient peut-être dans sa proximité avec les personnages qui le peuplent et dans la rigueur et la pertinence des analyses qu'il propose. [...] À travers de nombreuses monographies et de multiples récits, l'ouvrage d'Isabelle Coutant ne se contente pas d'un état des lieux lucides et sans concession, il se projette aussi sur les possibles, en refusant de limiter l'avenir à la seule répression et en démontrant que l'insertion a toutes ses chances. »
LIEN SOCIAL

« Face à «l'engrenage" de la délinquance, Isabelle Coutant oppose la justesse d'une certaine justice, décrit les élans et les désillusions vécues lors des stages d'insertion, et plaide pour une réactivation de l'éducation morale qui devrait être, selon Émile Durkheim, "l'oeuvre de l'école".
LE MONDE DE L'ÉDUCATION

« En ces temps oèu l'obsession sécuritaire envahit tout le champs de la jeunesse, le livre d'Isabelle Coutant est salubre... Ouvrage passionnant qui analyse au plus près ce "délit de jeunesse", à entendre au singulier comme consubstentiel à la jeunesse, permet de comprendre comment et pourquoi la délinuance juvénile touche d'abord les jeunes issus de milieu populaire. »
AGORA

PRESSE

 

Table des matières

Remerciements - Introduction - Les maisons de justice : entre sanction et prévention - Un dispositif d'insertion : confier des responsabilités aux délinquants - Plan de l'ouvrage - L'enquête - Le malaise pendant l'enquête - I / Passer en justice -1 - Porter plainte -« Corner-boys » et « college-boys » - Déstabilisation des classes populaires et recours au droit - « Se faire respecter mais ne pas les repousser » - « Faire le premier pas » - 2 - La plainte des agents publics - Les « anciens » : plus tolérants ? - Régulation juridique versus régulation interne - Les conséquences de la ségrégation spatiale : gérer l'ingérable - Le sentiment de déclassement de la « petite noblesse d'État » - Dés-illusio - Conclusion - 3 - Les audiences : « au plaisir de ne plus vous revoir » - Une pédagogie du droit - La menace - Le délégué comme metteur en scène - Mettre en scène les parents - Mettre en scène les victimes - Se mettre en scène - La variété des pratiques selon les trajectoires socioprofessionnelles - À propos de l'efficacité de la « leçon » - Conclusion - 4 - Des parents « irresponsables » ? - Les réactions des familles en maison de justice - « Une erreur de jeunesse » - La « honte » des parents immigrés - La détresse des parents en situation sociale difficile - Qu'est-ce qu'un mineur « en danger de délinquance » ? - Les critères des éducateurs - Les critères juridiques - Des parents « trop » ou « pas assez sévères » ? - Des parents soupçonnés de mauvaise foi - Une propension à l'empathie variable selon les délégués - L'éducation morale : une fonction familiale ou étatique ? - Conclusion - II / Sociogenèse de la délinquance - 5 - « Se faire engrainer » - En quête de considération - Défendre son honneur - Du côté des filles - Logique de l'honneur et rapport aux institutions - Une « culture de rue » ? - Morale(s) de la rue et morale du sociologue : à propos des « tournantes » - Conclusion - 6 - Stigmatisation et délinquance - Le marquage scolaire - La configuration familiale - Précarité sociale et éducation - Des « enfants illégitimes », des « parents arriérés » : immigration et conflits de générations - La place dans la fratrie - Les enfants issus de l'immigration : des enfants « de France » ? - Un passé colonial qui « ne passe plus » - Conclusion - III / « Se ranger » - 7 - Se frotter au travail - « Un âge pour tout » - De la « rue » au marché du travail - Un dispositif d'insertion - Devenir animateur - Échecs et abandons : force de la « culture de rue » et poids du stigmate - Un effet Pygmalion - 8 - À la recherche d'une autorité morale - Les qualités morales de l'intervenant - Le « bon juge » - Donner des gages de son investissement - S'imposer sans discréditer - Don et contre-don - Le pouvoir des mots - D'anciens caïds devenus experts en « leçons de morale » : la conversion d'un capital moral - Récit de soi et construction de soi - Le « besoin de parler » - Des sujets tabous avec les proches - Récit de soi et automatisation - Le silence face aux « psys » - Prendre ses distances avec la « rue » - Des cercles d'appartenance en dehors de la « rue » - La relation socio-éducative : un capital social ? - Rompre avec la cité, une nécessité ? - Conclusion - 9 - Pouvoir se projeter dans l'avenir - Walter : magasinier dans son quartier - Souad : entre vacations, business et galère - Un mari violent - Les obstacles « culturels » à la stabilisation professionnelle - La difficulté à « avancer » et l'impossibilité de se projeter - Patrick rattrapé par son passé : le spectre de la prison - « Se ranger » pour éviter la prison - Des aspiration artisitiques - L'herbe coupée sous le pied - Nicolas : l'usine ou la galère - La lassitude des vacations dans l'animation - L'usine - Espoirs et projets artistiques - L'heure des bilans : la difficulté d'être un « individu » - Fatima : le rôle du capital social dans la stabilisation des trajectoires - Frédéric : l'entrée à la RATP - Le rapport à la politique - Conclusion - Conclusion. Socialiser l'éducation morale.

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