Technocritiques
Du refus des machines à la contestation des technosciences

François JARRIGE

Les techniques promettent abondance et bonheur ; elles définissent la condition humaine d’aujourd’hui. Pourquoi les contester, et à quoi bon ? Les discours technocritiques ne masquent-ils pas des peurs irrationnelles, un conservatisme suranné, voire un propos réactionnaire ? Pourtant, depuis que les sociétés humaines sont entrées dans la spirale de l’industrialisation, des individus et des groupes très divers ont dénoncé les techniques de leur temps et agi pour en enrayer les effets.
Contre l’immense condescendance de la postérité, Technocritiques est un ouvrage qui prend au sérieux ces discours et ces luttes. Depuis deux siècles, les technocritiques sont foisonnantes et multiformes, elles émanent des philosophes et des romanciers comme des artisans et des ouvriers ; elles se retrouvent en Europe comme dans le reste du monde et nourrissent sans cesse des pratiques alternatives. Toute une tradition de combat et de pensée originale et méconnue s’est ainsi constituée ; ce livre d’histoire au présent tente de leur redonner vie tout en pointant les impasses des choix politiques mortifères portés par la foi en une « croissance » aveugle. Et, en filigrane, il montre comment s’est imposé le grand récit chargé de donner sens à la multitude des objets et artefacts qui saturent nos existences.

Version papier : 13,50 €
Version numérique : 12,99 €
Facebook Twitter Google+ Pinterest
Détails techniques
Postface de François JARRIGE
Collection : La Découverte Poche / Sciences humaines et sociales n°443
Parution : mars 2016
ISBN : 9782707189455
Nb de pages : 440
Dimensions : 125 * 190 mm
ISBN numérique : 9782707190321
Format : EPUB

François JARRIGE

François Jarrige est historien, maître de conférences en histoire contemporaine à l’université de Bourgogne (Centre Georges-Chevrier). Il s’intéresse à l’histoire des mondes du travail, des techniques et aux controverses qui ont accompagné l’industrialisation. Il a publiéAu temps des « tueuses de bras » (PUR, 2009) et Face au monstre mécanique (2009).

Extraits presse

La nouvelle manifestation, le 22 février à Nantes, contre le projet d'aéroport de Notre-Dame-des-Landes vient rappeler que les critiques du système technique et des technologies sont vives. Et que les mêmes analyses erronées à propos de ces contestations persistent. C'est ce que montre sans aucun doute le livre de l'historien François Jarrige, Technocritiques. Du refus des machines à la contestation des technosciences, qui revient sur plus de deux cents ans de mouvements de résistance aux technologies. Selon lui, les « technocritiques » ne sont pas obscurantistes ou archaïques, mais elles ont plutôt la volonté de contester l'ordre du monde imposé par l'introduction de ces nouvelles techniques. Spécialiste de l'histoire de la société industrielle, il rappelle que les technologies ne sont pas politiquement neutres et qu'on peut essayer de « sauver le progrès de ses illusions progressistes ». Sa démonstration est des plus convaincantes. La fameuse révolte luddite en Angleterre en 1811-1812 qui conduit au bris des machines à tisser et à une répression sévère n'est pas, par exemple, un refus du progrès, mais une protestation contre les nouvelles méthodes de travail et réglementations concomitantes à l'arrivée de la mécanisation. De même, les paysans qui refusent le fauchage mécanique au XIXe siècle ont des raisons objectives d'être mécontents: la technique gâche des grains, les femmes glanent moins d'épis après le fauchage... Quant aux opposants au chemin de fer, même un scientifique aussi réputé que le physicien et député François Arago (1786-1853) pointe, devant l'Assemblée, les effets négatifs des tunnels sur la respiration. Le livre regorge ainsi d'exemples étonnants qui, souvent, contredisent ou nuancent les récits classiques sur ces mouvements et leur restituent un sens social et politique.

07/03/2014 - David Larousserie - Le Monde des livres

 

On a beaucoup étudié l'histoire des techniques, mais celle des résistances auxquelles elles se sont heurtées, des critiques qui leur ont été adressées, reste un champ très peu labouré. C'est que, comme le rappelait le physicien Jean-Marc Lévy-Leblond, « l'histoire technologique, comme l'histoire politique, est toujours écrite par les vainqueurs ». L'historien François Jarrige comble cette lacune dans un ouvrage pénétrant, abondamment documenté, touffu, mais passionnant parce qu'il permet de mesurer à la fois la véhémence de ces « technocritiques » et l'étonnante permanence de leurs thématiques à travers le temps. Thématiques qu'on peut classer sous trois rubriques : les plaintes des victimes directes des nouvelles techniques, la dénonciation des dégâts qu'elles produisent, et enfin les dangers de « déshumanisation » qu'elles présentent.

14/03/2014 - Gérard Moatti - Les Échos

 

Contrairement à la vulgate, les transformations technologiques des Révolutions industrielles qui se succèdent depuis deux siècles – charbon et machines à vapeur du XIXe siècle ; électricité et robotisation du XXe ; et aujourd’hui virtualisation numérique – ne se sont jamais déroulées dans un culte consensuel du « progrès ». Au contraire, elles ont toujours été la cible de critiques virulentes, et leur apparition a suscité bien des angoisses. Telle est la thèse de François Jarrige, historien de l’université de Bourgogne, dans cet ouvrage. Deux millénaires d’histoire des techniques sont passés en revue dans ce livre synthétique et érudit au travers du prisme original de leurs contestations.

17/03/2014 - Nicolas Chevassus-au-Louis - L'Humanité

 

La lutte contre les machines est aussi vieille que l’invention des machines, mais que révèle-t-elle de l’évolution des sociétés et des idées ? A cette question ultracontemporaine, et cruciale pour les décennies qui viennent, François Jarrige propose une réponse qui puise son argumentaire dans l’épaisseur de l’histoire.

21/03/2014 - Sylvestre Huet - Libération

 

Depuis qu’elles existent, les techniques sont objet de critiques. Celles-ci se sont renforcées depuis la Révolution industrielle du début du XIXe siècle. Elles n’exprimaient pas nécessairement un attachement au passé ou un refus par principe de tout progrès humain. Il se trouve que l’identification du progrès technique à la prospérité, à la paix et au bonheur, le « technofidéisme » qui s’impose comme un « dogme » de la civilisation occidentale, conduit à refouler, oublier ou considérer avec condescendance les diverses oppositions que génère le « système technicien » (Ellul). L’ouvrage en propose une histoire très documentée. Il montre que les malaises que l’on peut éprouver aujourd’hui (la machine contre l’humain) ont des précurseurs dès la fin du XVIIIe siècle. Il importe de retrouver les « alternatives oubliées » à la domination exclusive de la vision mécanique. La progression est chronologique : les premiers développements industriels, la « Belle époque » des machines, les courants contemporains. La parole est donnée aussi bien aux intellectuels (Bernanos, Anders, Jonas, Illich, etc.) que (ce qui est moins fréquent) aux paysans et aux ouvriers, à tous ces techniciens qui sont d’abord des praticiens des techniques. Il faut prendre conscience que la technique n’est pas « neutre », dans la mesure où elle a à voir avec la puissance et le pouvoir. L’érudition de l’auteur fait de ce livre un ouvrage de référence dans un champ encore peu exploité.

01/05/2014 - François Euvé - Études

 

Le rapport que les sociétés contemporaines entretiennent avec la technique est paradoxal à bien des égards. Si nous sommes toujours plus fascinés par les innovations technologiques qui colonisent notre environnement (à l'image des smartphones, tablettes etc.), l'incertitude engendrée par les sciences et techniques n'a par ailleurs jamais été aussi forte et susceptible d'engendrer des formes de rejets parfois violents. Comment ces différentes conceptions parviennent-elles à cohabiter dans nos sociétés ? C'est la question que pose l'ouvrage de François Jarrige, Technocritiques, qui nous invite à interroger la place de la technique dans l'organisation sociale et la variété des rapports au monde qui en découlent.

08/02/2016 - Clément Mabi - La vie des idées

 

Avec le petit pavé de 430 pages en poche : TECHNO-CRITIQUES – du refus des machines à la contestation des technosciences, les Éditions La Découverte assènent un coup de pied salutaire au postérieur replet des techniques et sciences en général, de ces fameux progrès que les gouvernements imposent. Cet historique décomplexe pour CRITIQUER vraiment les progrès technologiques. Notez que ce ne sont jamais les inventions en elles-même qui sont en cause, mais l'ABUS qui en fait : l'obligation de les utiliser massivement, sans aucun frein ! Il n'existe AUCUN organisme international de dosage ou de blocage d'inventions inutiles ou trop polluantes, ou abusives en matière écologique et humaine !

05/04/2016 - Jean Rouzaud - Nova Planet

 

L’un des points originaux du livre demeure dans sa capacité à relier des mondes sociaux et des milieux techniques très divers (allant du monde des ouvriers typographes à celui des informaticiens ; de l’Europe occidentale au Tiers-monde) dans une histoire politique globale des techniques. D’une érudition remarquable, mêlant analyse économique, sociologique, politique, littéraire, cinématographique, l’historien revisite des terrains connus de l’historiographie auxquels il donne un éclairage neuf et critique.

28/04/2014 - liens socio

 

Comment arrêter le progrès Sans cesse le progrès, roue au double engrenage », a écrit Victor Hugo, « fait marcher quelque chose en écrasant quelqu’un ». Dans un ouvrage érudit, l’historien F. Jarrige recense les diverses manières dont le monde social a pu et pourra encore résister au progrès technique et à l’idéologie qui l’accompagne.

05/02/2016 - La vie des médias

 

Table des matières

Remerciements
Introduction

Au-delà de la condescendance de la postérité
Techniques, technologies, technosciences
Les contours de la critique
I / L’invention de l’industrialisme
1. Le problème des techniques à l’ère préindustrielle

Blocage ou refus
Le choix de ne pas faire
« L’horreur des nouveautés »
L’invention du progrès
Un grand basculement
2. Protestations populaires à l’ère des révolutions
Briseurs de machines à l’aube de l’industrialisation
Gens de métiers et trajectoires techniques
Routines et prudences paysannes
Langages protestataires et critiques populaires
3. Au risque des techniques
Niveaux de vie, pollutions et accidents
Barbarie ferroviaire
Romantiques et prophètes de malheur
Fragilité de la nature
4. Les machines en question
Monstres mécaniques et « insatiable Moloch »
L’économie politique des machines
De la technologie à la science des machines
Le socialisme, ou le progrès par les machines
Civiliser les machines
II / L’ « âge des machines »
5. Les imaginaires du progrès technique

Le culte des machines et le sacre de l’inventeur
Le sublime technologique
Mise en scène et acculturation
Exalter les machines à l’âge des extrêmes
6. La Belle Époque des techniques
La technologie entre crise, chômage et fatalisme
Espoirs du mouvement ouvrier
Conflits, négociations et mélancolies ouvrières
Désillusions et nouvelle « cage d’acier »
Les fins du monde par la technique
7. Machines impérialistes
Outils d’Empire : la technique et ses usages
Impérialisme, autonomie et résistances
Industrialisations et protestations coloniales
Les ravages de la modernité technique dans les mondes colonisés
Gandhi ou l'économie politique du rouet
8. Haro sur la civilisation des machines
Motorisation et folie automobile
Penser les techniques après la guerre industrielle
La rationalisation, la crise et le chômage
Américanisme et « querelle du machinisme »
La technologie et l’invention des sciences de l’homme
La « barbarie polytechnique »
III / Modernisations et catastrophes
9. Comment peut-on contester la modernisation ?
« L’exagération des techniques »
La question nucléaire
La fin des paysans
Les machines et le « tiers monde »
Les ouvriers, l’automatisation et le désenchantement
10. Technosciences, écologie et nouvelles radicalités
Mégamachine et système technicien
Contre-cultures et dissidences
Techniques et écologie
Luttes sociales, technologies alternatives et expérimentations
L’épuisement de la critique à l’ère néolibérale
11. Face à l’informatisation et la société numérique
Les machines à communiquer, entre pouvoir, autonomie et résistances
Informatisation, chômage et crise du travail
Vers une « société du contrôle » et de la surveillance
Malaise dans la culture
12. Contester les techniques dans la société de l’après-croissance
Nouvelle ère et risques durables
Politiques des choix techniques
Néoluddisme et critiques contemporaines
Convergences technologiques et guerre des OGM
Maintenir le doute, résorber les critiques
Bifurcations, décroissance et transition : retrouver les low tech
Conclusion
Postface. Le fétichisme de la machine

Se libérer du fatalisme technologique
Une histoire d'alternatives
Techniques, écologie et politique
Les techniques, le pouvoir et la puissance
Notes
Index.

Droits étrangers

TECHNOCRITICS
A history of resistance to technical \"progress\"

Over the past thirty years or more, large-scale technological projects have provoked growing criticism and numerous conflicts. This global history essay, the first reference work on the issue, intends to retrace the evolution and the specifities of disputes over technology, from the 18th century to today, articulating a history of critical thinking and a social history of the protesters that is enriched by numerous anecdotes both edifying and little known.


François Jarrige teaches contemporary history at the université de Bourgogne (University of Burgundy). He is part of a group of young researchers who are involved in issues related to technology and ecology, and is the author of several books that deal with these topics either directly or indirectly, including Au temps des « tueuses de bras » (2009) and Face au monstre mécanique (2009).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com