À paraître

Le temps des investis
Essai sur la nouvelle question sociale

Michel FEHER

L’emprise de la finance modifie aujourd’hui les attentes et les pratiques de l’ensemble des acteurs sociaux. C’est vrai des entreprises, qui veillent davantage au cours de leurs actions qu’à leur chiffre d’affaires, mais aussi des gouvernements, qui jugent plus urgent d’apaiser les inquiétudes de leurs créanciers que de répondre aux demandes de leurs électeurs. Même les particuliers gagent moins leur sécurité matérielle sur les revenus de leur travail que sur l’appréciation de toutes leurs ressources – leur patrimoine, mais aussi leurs compétences, relations, comportements.
Selon Michel Feher, en déplaçant les enjeux de la question sociale, ces nouvelles priorités obligent la gauche à se réinventer. Car la « titrisation » des rapports humains sur les marchés financiers diffère de la marchandisation du travail sur le marché de l’emploi. Plus que sur l’extraction du profit, elle focalise les luttes sur les conditions d’allocation du crédit. L’exploitation que les employeurs continuent de faire subir à leurs employés renvoie désormais au pouvoir de sélection que les investisseurs exercent sur les «investis ».
Les résistances à l’hégémonie des institutions financières devront trouver les moyens de peser sur les évaluations de la gouvernance entrepreneuriale et des politiques publiques en spéculant contre les critères qui président actuellement aux choix des financeurs. Si l’objectif poursuivi consiste à favoriser une autre circulation du capital, les militants qui les mettent en œuvre y puiseront également les éléments d’un imaginaire politique renouvelé.

Version papier : 17 €
Version numérique : 10,99 €
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Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : octobre 2017
ISBN : 9782707197429
Nb de pages : 220
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782707198044
Format : EPUB

Michel FEHER

Michel Feher, philosophe, est l’auteur de livres en français et en anglais, et le fondateur de Cette France-là (collectif engagé qui a publié quatre volumes sur les politiques migratoires, dont deux à La Découverte), ainsi que de la prestigieuse maison d’édition new-yorkaise Zone Books.

Table des matières


Remerciements
Introduction
Les pérégrinations de la morosité politique

Enlisement technocratique et ingratitude populaire : le spleen libéral d’après guerre
Deuil du laisser‑faire et entrepreneuriat pour tous : les remèdes néolibéraux à la mélancolie
Quête de confiance et gestion de portefeuille : la financiarisation des économies développées
Distribution des revenus et valorisation du capital : l’ébauche d’une nouvelle question sociale
1. Les partis pris de la gouvernance entrepreneuriale
Employeurs et investisseurs
Extraction du profit et allocation du crédit
Négociations et spéculations
Calculer les coûts et évaluer les risques
Salaire et responsabilité sociale des entreprises
Employés et parties prenantes
Cartels patronaux et agences de notation
2. Les obligés de la politique gouvernementale
Fiscalité et endettement
Élections périodiques et évaluations continues
Sanctuarisation de l’espace et occupation du temps
Mandats et obligations
Défection des débiteurs et dédoublement des créanciers
3. L’appréciation des parcours individuels
Abolition des privilèges et motivation des désœuvrés
Projection de l’insécurité et triage des accrédités
Travailleurs précaires et partenaires affranchis
Subordination compensée et interdépendance sponsorisée
Salariés et investis.

Droits étrangers

RATED AGENCIES
Investee Politics in a Speculative Age

The hegemony of finance compels social agents to alter their priorities: companies are more concerned with the moods of their shareholders than with their longstanding commercial success; governments subordinate the welfare of their constituents to the appeasement of their creditors; and private citizens are less inclined to stake their livelihood on the income of their labor than on the appreciation of their resources – capital goods, skills, connections.
That firms, States and people depend more on the rating of their assets than on the product of their activities proves equally transformative of the critiques leveled at capitalism. Rather than on corporate profits, grievances now center on the conditions under which financial institutions allocate credit.
While the exploitation of employees by their employers has hardly been curbed, the power of investors to select investees – to decide who and what is deemed creditworthy –has become the main focus of social struggles. Taking stock of this shift, Michel Feher examines the resistances triggered by the exigencies of investors and speculates on the new political aspirations that investees draw from their condition of rated agencies.


Michel Feher is a philosopher and the author of several books. He is the founder of Cette France-là (migrants aid collective which has published several books with La Découverte) and the prestigious American publishing house, Zones Books (with Hal Foster and Jonathan Crary).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com