La société écologique et ses ennemis
Pour une histoire alternative de l'émancipation

Serge AUDIER

Alors que monte la prise de conscience du péril environnemental, les obstacles à une véritable mutation écologique des sociétés contemporaines restent massifs et les modèles alternatifs peinent à s’imposer. Les traditions intellectuelles de la gauche semblent souvent impuissantes à apporter des réponses. Pire, n’ont-elles pas contribué, par leur culte des « forces productives », à l’impasse actuelle ?
La généalogie intellectuelle proposée par Serge Audier revient sur des évidences trompeuses, notamment celle qui voudrait que les mouvements émancipateurs n’aient abordé que très tardivement les enjeux écologiques. On redécouvre certes peu à peu des voix minoritaires qui, de Henry D. Thoreau à William Morris, avaient manifesté très tôt un souci inédit de la nature. Mais en les érigeant en héros solitaires, on contribue à occulter une nébuleuse beaucoup plus large et méconnue qui, entre socialisme et anarchisme, a esquissé les traits d’une « société écologique ». L’objectif de ce livre est d’exhumer et de reconstituer une pensée sociale de la nature et de l’émancipation, construite aux marges du « grand récit » socialiste et républicain.
De fait, cette tendance dissidente a été ignorée, marginalisée, voire combattue par les courants hégémoniques, qui ont souvent vu dans l’écologie un conservatisme traditionaliste ou un romantisme réactionnaire… Si les « ennemis » de la « société écologique » se trouvent bien entendu du côté des forces du capitalisme, il serait faux et dangereux d’oublier qu’ils font aussi partie de l’histoire même de la gauche et du socialisme dans ses orientations majoritaires, encore prégnantes.

Version papier : 27 €
Version numérique : 16,99 €
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Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : mars 2017
ISBN : 9782707194008
Nb de pages : 500
Dimensions : 15,50 * 24 mm
ISBN numérique : 9782707194862
Format : EPUB

Serge AUDIER

Serge AUDIER

Serge Audier, ancien élève de l’ENS-Ulm, agrégé et docteur en philosophie, est maître de conférences à l’université Paris-IV-Sorbonne. Il a notamment publiéLa Pensée anti-68 (La Découverte, 2008), Néo-libéralisme(s). Une archéologie intellectuelle (Grasset, 2012) et Penser le néolibéralisme. Le moment néolibéral, Foucault et la crise du socialisme (Le Bord de l'eau, 2015).

Extraits presse

Un ouvrage magistral consacré à la généalogie d'une écologie politique progressiste de gauche.

13/04/2017 - Hicham-Stéphane Afeissa - Nonfiction.fr

 

Dans son ouvrage "La Société écologique et ses ennemis", le philosophe Serge Audier revisite toute l'histoire de la pensée critique moderne – notamment socialiste et anarchiste – au prisme de la question écologique. Le résultat est décapant, car c'est une véritable écologie politique avant la lettre que l'on découvre, articulée aux idéaux de la liberté et d'égalité qui ont animé tous les penseurs de l'émancipation depuis deux siècles.

26/05/2017 - Le Comptoir

 

Le livre de Serge Audier n’est pas une histoire de l’écologie dans ses divers sens. Son objectif est à la fois plus limité et plus original. Il vise à faire l’histoire des relations entre la pensée socialiste ou présocialiste et les problèmes de l’environnement. Il laisse donc de côté la généalogie de l’écologie réactionnaire dans une lignée qui comprend aussi bien les penseurs nazis comme Heidegger que les idéologues de la Nouvelle Droite ou des penseurs de la deep ecology. Mais il vise aussi, dans l’archéologie qu’il propose de ce qu’on peut bien appeler un socialisme écologiste, à répondre aux critiques « humanistes » d’auteurs comme Marcel Gauchet (1990) dont il rappelle le mot : « Sous l’amour de la nature, la haine des hommes ».

30/08/2017 - Pascal Engel - En attendant Nadeau

 

L’enjeu est clairement de contrer les tentatives de captage contemporain de l’écologie par certains mouvements réactionnaires en montrant une autre généalogie intellectuelle, trop souvent négligée. On peut évidemment se demander en quoi cette histoire est réellement « alternative », dans la mesure où les auteurs évoqués dans le livre sont pour la plupart déjà bien connus. Son originalité vient de ce qu’il exhume des textes et met en valeur des thématiques écologiques chez des auteurs rarement envisagés sous cet angle. Contre la thèse erronée selon laquelle les préoccupations écologiques seraient nées tardivement dans la seconde moitié du XXe siècle, S. Audier donne à voir, après d’autres, une nébuleuse très vaste qui, entre socialisme et anarchisme, a dessiné les contours d’une « société écologique » dès le XIXe siècle.

04/09/2017 - François Jarrige - La vie des Idées

 

Table des matières

Introduction. Les promesses oubliées d’une « société écologique »
Vers une nouvelle alliance entre écologie et socialisme ?
« Écologie », « écologie politique », « société écologique »
« Société écologique » contre « société ouverte » ?
Naturalisme et anti-naturalisme politiques
Penser la « société écologique » comme « société ouverte »
La structuration de l’opposition entre Lumières et romantisme à l’âge totalitaire
Le bilan des « anti-Lumières » et la question écologique aujourd’hui
Pour des « Lumières écologiques »
L’hétérogénéité des critiques du capitalisme par la gauche
Réactiver les possibles, repérer les impasses historiques de la gauche
I / Critiquer les dégâts écologiques du « progrès » industriel
1. La planète malade : prophéties présocialistes
« Société du risque » et « réflexivité » à l’épreuve de l’histoire intellectuelle
Les prémisses d’une prise de conscience d’un risque global
Le « socialisme utopique », par-delà le discrédit marxiste
Charles Fourier, prophète de la destruction de la planète
La critique agro-écologique de l’école fouriériste
La nature mutilée vue par le socialisme romantique
Privatisation du monde et destruction de la nature : les intuitions libertaires de Proudhon
2. De la destruction de la nature en Amérique : entre romantisme et progressisme démocratique
Tocqueville et les dangers de l’attitude « antipoétique » des Américains
Premières alarmes américaines : la critique des artistes
Le « transcendantalisme », entre progressisme, romantisme et culte de la nature
Critique de l’Amérique industrielle : de l’Angleterre de Carlyle à l’Amérique de Thoreau
Vers une critique écologiste scientifique et « progressiste » : George Perkins Marsh
3. Le laboratoire anglo-américain d’une critique socialiste et anarchiste de l’idéologie propriétariste
Les alarmes de John Muir à l’aube de l’ère « progressiste »
Élisée Reclus, les voies d’une conscience libertaire de la crise écologique
Reclus lecteur de Marsh : pour une critique non apocalyptique et « optimiste »
Une critique pré-écosocialiste américaine du « progrès » de la « civilisation » : Henry George
Du socialisme de George à l’anarchisme communautaire de Tolstoï
Aux sources de la critique écosocialiste américaine : Alfred Russel Wallace
Extractivisme, colonialisme, impérialisme : éléments d’une critique anticapitaliste
4. L’Occident exterminateur : impérialisme, exploitation et massacre des animaux
La critique républicaine romantique : Jules Michelet
Auguste Blanqui : quand le capitalisme sacrifie les animaux et les peuples
Du rôle des oiseaux dans les équilibres écologiques : la critique d’un savant réformiste
La dénonciation de l’élevage industriel dans la nébuleuse du présocialisme
5. La ville contre la nature
Quand des « libéraux » décrivent les ravages de l’urbanisme anglais
La « démocratie pacifique » contre l’urbanisme à l’âge industriel
Flora Tristan, entre socialisme, féminisme et critique de la ville capitaliste
Élisée Reclus et la dénonciation socio-environnementale de la ville moderne
Le poète et la ville : un conte écologique
Permanence de la critique libertaire de la ville capitaliste
6. Les nuisances au quotidien : travailler contre la « nature »
L’environnement empoisonné des travailleurs : critiques socialistes
Le laboratoire d’une critique par les ouvriers eux-mêmes : l’expérience de L’Atelier
François-Vincent Raspail, savant républicain, vigie des nouveaux périls industriels
Mises en cause libertaires de la pollution au travail
Le réquisitoire communiste : une percée inachevée
7. L’ère des choses fausses et laides
Une alimentation falsifiée et toxique
De John Ruskin à William Morris : l’économie politique et ses fausses valeurs
L’âge des ersatz : le procès socialiste anglais de la laideur industrielle
L’invention d’un regard esthétique anarchiste en France
Une critique « socialiste libertaire » et artistique du capitalisme
II / Lutter et imaginer les voies oubliées d'une société écologique
8. Société émancipée, société dans la nature
Représenter la société de l’avenir
Des « parcs magnifiques » du socialisme owénien à la défense anarchiste de la nature
L’invention d’un socialisme jardinier
Une société de l’« amitié réciproque » avec la nature
Daniel Stern, ou la société du soin environnemental
Du métabolisme entre l’homme et la nature dans le présocialisme romantique
Vers un socialisme libertaire naturaliste
Le naturianisme libertaire ou l’anarchisme dans la nature
Un socialisme de la nature : de William Morris à Edward Carpenter
Grandeur et limite du « retour à la nature »
9. « Révoltes naturelles », contestation démocratique, contestation écologique
L’expérience pionnière de Walton Hall
Le contact avec la nature comme voie de l’émancipation : Emerson et sa réception romantique française
Désobéissance civile et authenticité : Thoreau (1)
Les voies d’une éco-contestation : Thoreau (2)
Émancipation des femmes, émancipation dans la nature
L’expérience de Fontainebleau : première « lutte écologiste » ?
L’école de Barbizon, George Sand et les « révoltes naturelles » autour de Fontainebleau
Démocratiser les choix face au scientisme gouvernemental : la voie anarchiste
Pour une critique rationaliste libertaire du scientisme politique
10. L’invention d’un autre urbanisme
Le fil perdu d’un socialisme de l’urbanisme vert
Pour en finir avec le clivage ville/campagne : l’intuition fouriériste
Constantin Pecqueur et François Vidal : quand les premiers socialistes imaginaient l’urbanisme futur
Vers une ville écosocialiste ?
Vers la ville libertaire, solidaire et postindustrielle
Un urbanisme en accord avec la nature : de Morris à Carpenter
La nature à l’âge urbain, bien commun du peuple
11. Travailler autrement, libérer le temps
Travailler moins, mieux et autrement : la matrice fouriériste
Travailler dans la nature et avec la nature
Par-delà le salariat : Morris (1)
Une autre philosophie du travail pour sauver « la beauté de la Terre » : Morris (2)
Le droit à la « paresse » : du communisme à l’anarchisme
12. Éduquer dans la nature
Éduquer dans la nature pour préparer le socialisme
Une éducation « naturelle » pour une émancipation libertaire : l’expérience de Cempuis
Internationalisme anarchiste, « socialisme libertaire » et éducation dans la nature
De l’éduction anarchiste à l’école nouvelle
13. Inventer une société avec les animaux
Jules Michelet : les voies d’un républicanisme humaniste et par-delà l’humain
Du républicanisme d’Accolas au solidarisme de Marion : respecter les animaux
Solidarité animale et société libertaire : l’entraide de Pierre Kropotkine
Socialisme et souffrance animale : la voie oubliée du socialisme réformiste de Benoît Malon
De nos devoirs (socialistes) envers les animaux
Socialisme, anarchisme et antivivisection
Socialisme anglais et droits des animaux : entre Thoreau et Gandhi
La société anarchiste future avec les animaux
14. Long terme et « état stationnaire » : un changement de trajectoire socio-économique
Vers un socialisme du long terme
John Stuart Mill : aux sources d’un éco-féminisme ?
Vers une économie stationnaire ?
Économiser les ressources sur le long terme : les inquiétudes de Stanley Jevons
L’homme « concessionnaire » de la Terre et de ses ressources
Penser, produire et agir sur le très long terme
Une gestion solidariste de la nature
15. La société dans la nature. Interdépendance, décentrement, solidarité intergénérationnelle
Décentrer l’homme dans la nature et l’univers : Haeckel, Freud, Izoulet
Le solidarisme : penser la justice sociale sur fond d’interdépendance sociale et écologique
Mother Earth, l’émancipation dans la nature, de Kropotkine à l’anarcho-féminisme américain
Solidarité anarchiste et « bio-cosmique » : élargir la solidarité
Solidarité naturelle et intergénérationnelle
Pour une propriété transgénérationnelle socialiste du patrimoine écologique et culturel commun
Conclusion. Exhumer des « possibles » ensevelis
Complexifier le récit du progressisme politique
Quête d’émancipation, quête écologique
Les pièges de l’hagiographie
En finir avec l’utopie ?
Le socialisme entre écologie et productivisme
Quel socialisme ? Quel républicanisme ? Quelle gauche ?


Droits étrangers

ECOLOGICAL SOCIETY AND ITS ENEMIES
An alternative history of emancipation

While the enemies of the ecological movement are on the side of the forces of capitalism and neoliberalism it is important to remember that the protection of the environment has been marginalised by the dominant movements of the left which often saw nature lovers as romantic reactionaries and opponents of social progress.
In this work Serge Audier invites us to rediscover the strength of a political attitude towards nature which has prepared the ground for a true ecological society.
An essential book for us to understand and free ourselves from the mental blocks which characterise our era.


Serge Audier is a senior lecturer of political philosophy at the Université Paris-Sorbonne. Among his publications are La pensée anti-68 (Anti-'68 thought) (La Découverte, 2008), Néolibéralisme(s), une archéologie intellectuelle (neoliberalism(s), an intellectual archaeology) (Grasset, 2012) and Foucault, le néolibéralisme et nous (Foucault, neoliberalism and us) (Grasset, 2014).


Contact : d.ribouchon@editionsladecouverte.com