L'espoir et l'effroi
Luttes d’écritures et luttes de classes en France au XXe siècle

Xavier VIGNA

Le XXe siècle a porté à son apogée la classe ouvrière en France. Les vagues de grèves qu’elle conduit et les organisations syndicales ou politiques qu’elle rejoint suscitent à la fois espoir et effroi, devant l’idée que les ouvriers puissent bouleverser radicalement l’ordre social.
Ce double sentiment s’est exprimé dans une multitude d’écrits. L’État par le truchement de la police ou des inspecteurs du travail, le patronat, les organisations catholiques, les sociologues, sans parler des lettrés qui choisirent de se faire ouvriers plus ou moins longtemps dès l’entre-deux-guerres, n’ont cessé d’évaluer la classe ouvrière et sa moralité. Les ouvriers ont répondu dans des tracts, des témoignages ou des romans, qui racontent le travail, la vie et les luttes.
Ce sont ces textes, tantôt sous forme d’archives, tantôt publiés, connus ou complètement inédits, que Xavier Vigna explore dans ce livre.Il montre que ces luttes d’écritures relèvent bien de luttes de classes.
On se souvient d’Emmanuel Macron dénonçant l’illettrisme supposé des ouvriers : quand un tel mépris vient légitimer la domination sociale et politique, quand l’anticommunisme conduit à l’anti-ouvriérisme, l’écriture ouvrière, qui réplique et réfute, oeuvre à l’émancipation individuelle et collective.
En revisitant l’histoire ouvrière, cet ouvrage invite à relire le XXe siècle français.

Version papier : 24 €
Version numérique : 14,99 €
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Détails techniques
Collection : Sciences humaines
Parution : septembre 2016
ISBN : 9782707186898
Nb de pages : 250
Dimensions : 135 * 220 mm
ISBN numérique : 9782707193476
Format : EPUB

Xavier VIGNA

Xavier VIGNA
Xavier Vigna est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bourgogne. Il est notamment l’auteur de L’Insubordination ouvrière dans les années 68. Essai d’histoire politique des usines (Rennes, PUR) en 2007 et de Histoire des ouvriers en France au XXe siècle (Paris, Perrin) en 2012.

Extraits presse

Vigna reprend ainsi, à quarante ans de distance, l'ambition de Jacques Rancière et de ses deux livres fondateurs, La Parole ouvrière (1975) et La Nuit des prolétaires. Mais là où le philosophe cherchait, en travaillant sur les origines de ce discours du XIXe siècle, à remettre en cause l'autorité des porteparole, l'autorisation légitime de parler « au nom du peuple » alors confisquée par le Parti communiste, la CGT ou les maoïstes, l'historien d'aujourd'hui sonde cette littérature proliférante pour mettre à nu les affrontements de classes qui jalonnent le XXe siècle, tentant ainsi d'élucider l’ «énigme sociale et politique » qu'est la classe ouvrière.

28/10/2016 - Antoine de Baecque - Le Monde des Livres

 

Précisément donc, une littérature ouvrière existe et c'est un pas gagné de ce livre qui montre, au passage, que l'effacement ou l'invisibilité de la classe ouvrière ne reflète en rien sa disparition mais plutôt une crise de la centralité ouvrière qui fut longtemps la colonne vertébrale de la politique émancipatrice. Le livre de Vigna montre de façon convaincante que paroles et écrits ouvriers n’usurpent pas la catégorie de littérature comme l’illustrent les saisissants extraits choisis par l’historien qui, dans le sillage de Michel Ragon, ne cite que d'authentiques ouvriers et ouvrières (les établi.e.s sont donc ici exclus du corpus étudié) et relève les rythmes de certaines phrases, ternaires par exemple, et qui ne sont pas moins émouvantes que les périodes carrées d’un Bossuet.
Ainsi, si le sous-titre du livre indique « Luttes d’écriture et luttes de classes en France au XXème siècle », on peut dire que cet ouvrage est une invite brillante à s’intéresser vivement aux paroles ouvrières, à la fois singulières et universelles et ouvrant sur des contrées encore inexplorées de la littérature comme combat et libération au moins subjective ici encore.

11/11/2016 - Yvan Najiels - Mediapart

 

Table des matières

Introduction
Ecritures, centralité et luttes
Une histoire politique des écritures
Un orientalisme intérieur ?
L’espoir et l’effroi
I / Débats et enquêtes sur les ouvriers
1. La classe sous l’œil du ministère Thomas
Le Service ouvrier et la multiplication des enquêtes
Évaluer les femmes, les étrangers et les coloniaux
Les ouvriers nationaux : associés mais distants
2. Les épouvantails de l’entre-deux-guerres
Enquêtes et effroi catholiques
Dangers et remèdes
Grévistes et militants du Front populaire
3. Travailleur fourrier du communisme ou intégré ? L’ouvrier en débat pendant la Guerre froide et les années de croissance
Écritures de l’après-guerre
La polarisation communiste de part et d’autre de l’entrée en guerre froide
L’ouvrier : travailleur, habitant et intégré ?
4. Ouvrier spécialisé, gréviste et dominé. La centralité ouvrière dans les années 68
Écrire la grève et la lutte
Prendre ou capter la parole
Les ouvriers : des OS et des dupes
5. Fin de l’espoir et transformation de l’effroi
Les ouvriers dans la crise
La beauté du mort
Écrire la crise
Effroi autoritaire contre solidarité
II / Figurations, identifications, émancipation
6. Classer, hiérarchiser, essentialiser

Les ouvriers, le professionnel et la race
Hiérarchiser les immigrés
Essentialiser les ouvrières
Dépréciation des ruraux vs célébration des urbains
7. Écritures des luttes et luttes d’écritures
Proscrire les ouvriers grévistes et la foule
Rhétorique de l’hostilité ouvrière
Face au mouvement ouvrier
8. Symboliser la classe : emblèmes et stigmates
Métiers et archétypes professionnels
Marqueurs de la condition ouvrière
Restituer l’univers ouvrier
9. Voix et voies de l’émancipation
Accéder à l’écrit
Lutter et témoigner
La littérarité au service de l’émancipation
Conclusion
Sources
Remerciements
Index.